Rencontre avec l’artiste Nushka

La fraise
La fraise © Nushka

Pouvez-vous nous en dire un peu sur vous ?

Je suis une jeune femme de 34 ans, je suis artiste peintre à temps plein depuis quelques années mais ça n’a pas toujours été le cas. J’ai d’abord fait de (très) longues études de sciences politiques et de commerce, avant de devenir directrice de galerie à Paris pendant quelques années. Je suis maman d’une petite Constance de trois mois qui me donne beaucoup d’énergie pour essayer chaque jour de devenir une meilleure personne, et donc une meilleure peintre.

De quoi parle votre œuvre ?

Mon œuvre parle de la représentation des femmes. De nos regards sur elles et sur le média qui les représente. Tout mon travail tourne autour de l’hyper esthétisation de la femme, de l’idéalisation de la femme, à laquelle je contribue parfois, que j’observe plus tendrement parfois. Beaucoup de « mes » femmes sont aussi – parfois – des projections de moi-même. On peut donc éplucher le tableau par différentes lectures, comme autant de couches qui constituent l’identité féminine. Avec tous ses paradoxes et ses contradictions.

Comment en êtes-vous arrivé à faire de l’art ? Comment avez-vous choisi l’art, ou comment l’art vous a-t-il choisi ?

J’ai (à peu de choses près) toujours peint. Mais c’est à treize ans, lorsque j’ai rencontré Maggie Siner que c’est devenu une passion. Maggie, qui m’a mise à la peinture sérieusement, et que je considère encore maintenant comme un mentor, m’a, la première, donné le gout de l’apprentissage – quasi grammatical – de la peinture. Je n’ai cependant jamais envisagé d’en faire un métier. Et même si c’est ma seule activité aujourd’hui, je préfère dire que je vis de ma passion.

Y a-t-il eu une quelconque coupure dans votre carrière artistique ?

Je me demande si elle n’est pas en train de se produire. Le fait d’avoir eu un enfant m’a transformée sur tellement de plans que ce serait surprenant que ma peinture ne s’en voit pas – elle aussi – modifiée. Je me sens à la veille d’un tournant ces derniers temps et commence à comprendre certains écueils de ma peinture. Comme si j’avais mis des lunettes et voyais la réalité avec plus d’acuité depuis la naissance de ma fille.

Pouvez-vous nous en dire un peu sur « La Fraise » ?

La fraise est l’un des tableaux dont je suis le plus fière. Il fait partie de la série « revisiting the masters » où je reprends des tableaux classiques. Je les décompose, les recompose, les maltraite et les réinterprète jusqu’à me les approprier et leur faire dire autre chose que ce qu’ils évoquaient au départ. Ici j’ai décomposé un portrait de Rubens, que j’ai traité avec une extrême économie de coups de pinceaux afin que le sujet (re)devienne contemporain. La modernité de ma technique permet de transporter dans le temps le personnage peint afin que le regard porté sur lui soit à nouveau celui de l’un de ses contemporains.

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