Interviews

Isabelle Vialle pour Singulart !

Comment êtes-vous arrivé à l’art et la création?

J’ai choisi très tôt de suivre une voie artistique avec un bac Art (qui n’existe plus) parce que c’était ce
qui m’attirait avant tout, suivi d’une licence en Arts plastiques à Rennes et Lille, un passage aux Beaux-
Arts et une formation dans le cinéma d’animation. J’ai travaillé dans le graphisme quelques années,
bien que la question de la peinture et du travail de la matière en opposition au travail virtuel sur écran
fût toujours omniprésente. Puis plusieurs éléments m’ont motivée dans une même direction, des
chantiers de fouilles dans le sud, des peintures comme le retable de Grünewald, les autoportraits de
Rembrandt que j’ai découverts à Amsterdam, ou des contemporains comme Arickx ou Sagazan, les
photographies de Dieter Appelt entre autres, l’impact de lectures comme celles de Marcel Moreau, les
chorégraphies d’Ilka Schönbein ou Diasnas… Des éléments conjugués qui poussent dans une même
direction, et donne l’envie et le courage à son tour de créer…

D’où prenez-vous votre inspiration?

La peinture est une aventure qui consiste à manipuler, fouiller, de la même façon que le décrit Georges
Bataille lorsqu’il fait référence au jeu pour l’acte d’écrire, une aire où tout est possible, la tentative de se
laisser surprendre, une découverte qui en amène une autre, des réponses provisoires qui posent
davantage de questions qu’elles n’apportent de certitudes.
Ça a commencé il y a une quinzaine d’années, par une forme humaine dressée comme un totem,
inspirée des vénus gravettiennes. Peu à peu se sont formés des couples, se portant, s’enlaçant ou se
dévorant. Puis des groupes d’humains issus de mes propres contes, des sensations inspirées du théâtre
de l’enfance. Mi-humain, mi-animal, toujours organique.
Arrivée en Grèce, je me suis nourrie des forêts d’oliviers, pendant des mois j’ai dialogué avec ces troncs
tortueux, fascinée par leurs scarifications millénaires. Sur la toile, j’ai exploré ce corps végétal, massif
et aérien. Ils sont devenu un corps paysage entre douceur et violence.
Et dernièrement avec la rencontre de la poésie d’Yves Bonnefoy en parallèle avec l’exploration des
racines, une série est née, les « Douves ». La femme invoquée par le poète est une créature multiforme,
entre présence et effacement. De cet être mystérieux j’ai fait des parures féminines en métamorphoses
permanentes, rejoignant naturellement la structure expressive des oliviers tortueux explorée
auparavant. Ce sont tous ces éléments qui m’ont amené à creuser mon propre registre, Différentes
séries sont nées naturellement de ces rencontres et interactions subjectives entre mes propres contes,
ces arbres explorés et la poésie, univers enchevêtrés, qui puisent la vie de leurs propres entrelacs, c’est
une aventure qui se découvre et se vit dans une suite d’expériences, un dialogue avec la matière en
perpétuelle métamorphose qui se poursuit avec l’intime, pour devenir l’improbable anatomie de mes
émotions.
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Tête© ISABELLE VIALLE

Comment avez-vous trouvé votre expression dans la peinture lors de la résidence
d’artistes à Troyes?

Après les années d’école où l’exploration des médiums est multiple, j’avais quand même un choix limité
par rapport à mes finances, une contrainte devenu mon champ d’exploration et une source de création,
mais j’avais le lieu et le temps de faire… et la richesse d’une proximité avec d’autres artistes en
résidence, peintre, sculpteur, photographe, graphiste, scénographe… une source d’échanges fertiles et
indispensable. L’obtention de la résidence de 3 ans à Troyes a été l’élément déclencheur qui m’a permis
de me consacrer exclusivement à la peinture, en m’offrant un lieu et la possibilité de faire régulièrement
des interventions à l’Ecole des Beaux-Arts. Une chance inouïe pour commencer l’aventure ! Je ne
connais pas de structure équivalente qui donne ce genre d’opportunité. Ensuite c’est dans les ateliers
« chez Rita » à Roubaix que les années suivantes ont été très riches de rencontres et de projets
artistiques.
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Crâne© ISABELLE VIALLE

Pouvez-vous nous en dire un peu sur la série « tête » ?

La série des têtes est récurrente dans mon travail, humaine ou animal, c’est un peu comme la gamme
d’un musicien, quelque soit le sujet abordé, ces têtes reviennent constamment à travers les années,
elles me permettent de travailler la texture et la sobriété du sujet, une façon de se dépouiller et revenir toujours à l’essentiel, la structure et l’idée. C’est un guide permanent, et j’ai un grand plaisir à les retrouver entre différentes séries.
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Tête© ISABELLE VIALLE

Comment vous projetez-vous artistiquement dans quelques années ?

J’espère juste avoir la possibilité de pouvoir continuer, c’est un lieu si fragile, il suffit d’une perte
d’inspiration, de désir, de perspective, de projet, de lien…
Dans un avenir proche je serai en mars à la biennale des 109 à Paris, et sur Bourges à l’espace PITA
(Play In the Attic) une expo intitulée « la Cité des Dames » inspiré de l’ouvrage de Christine de Pizan
paru en 1400, un projet fait de rencontres entre plasticiens, danseurs et musiciens.
Et avec deux amis artistes, l’un sur Rennes, Pascal Laloy, l’autre près de Toulouse, Thierry Dalat, nous
avons le projet d’une itinérance sur plusieurs années qui rendrait compte d’une nécessité de plus de
partages qu’une suite d’expositions aseptisées, avec en amont des résidences partagées, un travail en
commun et des inspirations échangées, un lieu de ressourcement qui romprait la solitude parfois
pesante du travail d’atelier, une fête des sens et de l’esprit, où interviendraient aussi d’autres formes
artistiques comme la danse, la musique, le théâtre, la performance, notre premier évènement a lieu fin
juin à Rennes, à suivre…. C’est dans ces partages là que je me projette.

Découvrez Isabelle Vialle sur Singulart :www.singulart.com/fr/artiste/isabelle-vialle

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