Interviews

Rosy Auguste pour Singulart

Comment le travail avec des personnes hospitalisées en psychiatrie a influencé votre créativité ?

J’ai exercé le métier de soignante en milieu hospitalier, notamment en services psychiatriques où j’ai eu l’occasion d’animer des ateliers créatifs.
C’était un moment privilégié, les patients pouvant s’exprimer librement au travers des arts plastiques.
Dans leurs œuvres réalisées au cours de ces ateliers, j’ai vu une force et uneprofondeur
qu’il serait difficile d’expliquer avec des mots.
Cela m’a certainement influencée et à l’époque je me suis beaucoup intéressée à l’art brut ainsi qu’à l’art abstrait.

Depuis, pour mes créations j’ai choisi l’abstraction car contrairement à la figuration, elle est mentale.
En effet, l’œuvre abstraite s’aborde dans un esprit différent de l’œuvre figurative :
elle est ouverte à l’imagination puisqu’elle ne raconte rien.
Comme l’a très bien évoqué Joan Mitchell, artiste peintre du mouvement de l’expressionnisme abstrait américain :
« C’est un langage de formes et de couleurs. »

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PEMPHREDO© ROSY AUGUSTE

Des retours des observateurs de vos œuvres qui vous ont spécialement touchés ?

Un exemple m’avait particulièrement émue lors d’un salon en Guadeloupe
quand une jeune femme s’arrêta devant une de mes œuvres puis, en la décomposant en trois parties,
me raconta qu’elle y voyait les trois grandes étapes de sa vie qu’elle me dévoila en détail.
C’était à la fois touchant et surprenant que dans une œuvre abstraite elle voit des choses aussi précises auxquelles je n’aurais même pas pensé.
En phase de création, l’artiste fait corps avec son œuvre qui est une extension de lui-même.
Ensuite, dès qu’elle est exposée, le public s’en empare et vit librement sa relation avec elle.
Elle échappe alors totalement à son créateur. C’est une expérience qui nécessite beaucoup d’humilité puisque chacun devient à sa manière l’auteur de l’œuvre selon sa façon de l’interpréter.

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EGEON © ROSY AUGUSTE

Comment peut-on s’imaginer votre atelier ?

Atypique, comme moi-même ! Plus sérieusement, je suis nomade une grande partie de l’année
car j’aime explorer autant que possible les nombreux aspects de l’art fluide
au travers de voyages de recherche ou de création.
Quand je suis de retour chez moi, je me remets à la peinture dans mon atelier,
en Guadeloupe, où il fait bon toute l’année. J’ai la chance d’habiter en pleine campagne à l’orée des bois,
un peu en altitude entre mer et montagne.
Je bénéficie d’une grande terrasse avec une vue imprenable sur de magnifiques paysages,
le tout dans un endroit calme et propice à la création.
C’est là que je travaille, mon matériel étant stocké dans une autre pièce de la maison avec certaines de mes œuvres.

Pouvez-vous nous en dire un peu sur « ENYO » ?

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ENYO© ROSY AUGUSTE

C’est une œuvre que j’ai réalisée dans le cadre d’une série sur les Mythologies Marines.
En tant qu’insulaire, j’ai voulu rendre hommage à la mer.
Je me suis alors beaucoup documentée sur les mythes marins qui existent dans la plupart des cultures
et j’ai entrepris un travail artistique sur ce thème. En lisant la Théogonie d’Hésiode, poète grec de l’antiquité,
je suis tombé sur un passage où il était question des Grées qui sont des divinités marines et la représentation métaphysique de l’écume de mer.
Elles sont deux, Ényo et Pemphrédo. Ce texte m’a inspiré et j’ai créé deux œuvres de même dimension en peinture acrylique fluide sur toile.
Ces deux toiles ont un effet particulier car pour l’occasion, j’avais décidé de tenter une expérience qui a donné un résultat
auquel je ne m’attendais pas du tout mais que j’ai beaucoup apprécié.

La fluidité dans votre art se retrouve-t-elle dans votre vision du monde ?

J’étudie la fluidité en tant qu’état de la matière dans sa représentation artistique.
Cela me conduit à voyager comme, par exemple, au Japon
où je suis allée en 2015 à la rencontre des deux derniers grands maîtres du Suminagashi.
Il s’agit d’une technique ancestrale d’encres flottantes dont se servaient les moines Shinto au moyen âge pour décorer le papier.
L’année dernière après avoir participé au Dak’Art, la biennale d’art contemporain du Sénégal,
j’ai fait une résidence d’artiste de deux mois à Saint-Louis pour travailler sur les teintures traditionnelles sur tissus.
J’ai réalisé une dizaine d’œuvres de grand format qui ont été présentées au printemps sur l’île emblématique de Gorée à Regard sur Cours, un événement artistique majeur du pays.
En juillet 2018, je suis invitée au Festival del Caribe de Santiago de Cuba en tant qu’artiste guadeloupéenne.
J’ai pour projet de créer une œuvre monumentale en céramique émaillée sur le thème de Porto-Rico, pays auquel le festival sera dédié.
La glaçure sur céramique sera une nouvelle expérience d’art fluide !
Vivre c’est évoluer et pour cela, il faut savoir prendre des risques et se remettre en question.

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LA FIN DE CAMPE © ROSY AUGUSTE

Albert EINSTEIN a dit :
« La vie est un mouvement ; plus il y a vie, plus il y a flexibilité ;
plus vous êtes fluide, plus vous êtes vivant. »

Découvrez l’univers de Rosy Auguste sur Singulart :www.singulart.com/fr/artiste/rosy-auguste-77

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