Interviews

L'artiste William Guilmain pour Singulart !

Vous avez écrit de la poésie, vous nous en présentez quelques lignes ?

L’envol

S’étirant langoureusement, la lune d’une chaude nuit d’été oscillait du ciel à ma fenêtre sans jamais l’atteindre.

Je dormais profondément, éloigné de tout rêve, lorsque je sentis l’impalpable caresse de la lune sur mes paupières.

Elle m’invitait à la fougueuse traversée de l’éther immobile de la nuit.

Je me levai.

D’un pas sur je m’approchai de la fenêtre. Mon œil, de moins en moins diurne, ne remarqua pas mon ombre démesurément élargie: je possédais des ailes.

Deux battements, et le sol se déroba pour me laisser rejoindre le bandeau noir de la nuit.

La chevauchée qui s’ensuit reste indicible mais je me souviens que la morsure des hautes altitudes sur mon corps nu me poussa à revenir chercher quelques vêtements dans ma chambre.

Je me saisis d’une ombre filamenteuse posée sur mon lit et la passai sur mes épaules. Je filai vers la fenêtre pour reprendre mon envol, lorsque soudain, le reflet de la glace me figea. Cette étoffe, destinée à me protéger, n’était rien d’autre que mon corps endormi…

Glissé trois fois en moi- même, je m’enfuis de cette chambre à tout jamais. Le reflet du miroir demeure le seul témoin du soupir d’aise qui me vint, à l’idée du vol de mon propre corps.

Qu’appréciez-vous particulièrement dans votre travail ?

Mon inspiration se nourrit de la vie que je mène, de ce qui m’émeut, me questionne. Intrinsèquement cela signifie que je ne sais jamais de quoi sera fait demain. Je trouve cela plutôt excitant de ne pas avoir de suivre de routine.

Mes œuvres sont souvent ouvertes à l’interprétation aussi je suis toujours fasciné d’aller à la rencontre du public et de voir comment il s’approprie mes images. Ces moments donnent souvent lieu à des échanges humains intenses et passionnants qui me touchent énormément.

Enfin pour moi le plaisir suprême de l’art réside dans la liberté totale qu’on peut ressentir. Etre libre est le besoin le plus impérieux en moi.

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Traverser les forêts© WILLIAM GUILMAIN

Lorsque vous travaillez sur un nouveau projet, par quoi commencez-vous ?

Difficile de vous décrire LA façon. Il y a tellement de routes pour une même destination.

Parfois l’idée, le concept germe en amont suite à une lecture, une rencontre, un questionnement. Puis vient le temps de mettre le concept à l’épreuve du terrain. Et bien souvent l’idée initiale se transforme pour devenir tout autre!

Mais par-dessus-tout, trouver un point de vue sur le sujet est le point crucial. Si je devais prendre une métaphore littéraire je dirais qu’il me faut trouver le style le plus approprié à mon idée. Quelle esthétique pour ce sujet? Quel support? Quelle matière? Quelle lumière?

Parfois l’idée vient en faisant, en expérimentant sur le terrain. On ne se rend pas toujours compte dans l’instant qu’on réalise une œuvre ou une série. Ce n’est qu’à posteriori que les images se révèlent au photographe, qu’elles «prennent sens». Une photographie serait la lumière d’une étoile: quand elle nous arrive aux yeux, sa source s’est déjà tarie.

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Les autres vies© WILLIAM GUILMAIN

Pouvez-vous nous en dire un peu sur « Destination finale » ?

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Destination finale © William Guilmain

Pour autant que je m’en souvienne il s’agit de la première photographie que j’ai réalisée de la série «The edges of the world». Je me souviens plutôt bien de l’ambiance qui régnait autour de moi à ce moment. Il faisait froid, presque nuit. Il y avait ce champ en pente douce devant moi… J’ai pensé à déplacer mon appareil photo dans le sens de l’horizon lors de la prise de vue…. Une fois rentré à la maison le traitement esthétique de cette image m’est apparu comme une évidence. Je voulais une image simple, pure et forte. Je me suis dit à moi-même: «là tu tiens quelque chose!». J’ai ensuite réalisé l’ensemble de la série très rapidement. C’est une photographie particulière dans la série car elle en est à la fois une pierre centrale et en même temps elle se démarque le plus des autres d’un point de vue esthétique. Une silhouette seule au loin dans l’immensité blanche… Chacun y comprendra ce qu’il voudra bien y comprendre. C’est une image qui génère beaucoup d’émotions. Une dame a eu un gros coup de cœur pour cette image car elle venait de perdre son mari photographe et qu’apparemment il adorait ce style d’image épuré. Une autre personne a eu un véritable choc esthétique en découvrant cette image. Ses mots furent «c’est comme si vous aviez fait cette image pour moi». N’est-ce pas là la force de l’art: Décrire les particularismes qui racontent l’universel?

Découvrez William Guilmain sur Singulart :www.singulart.com/fr/artiste/william-guilmain-296

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