Interviews

L'artiste Sylvie Basteau pour Singulart

Pourquoi faites-vous de l’art?

C’est une question difficile car elle renvoie forcément à mon histoire. C’est une nécessité intérieure qui vient de l’enfance,un langage qui s’est construit au fil des années, au fil des rencontres, langage que l’on s’approprie très jeune pour exprimer ce qui reste indicible, en deçà des mots.
Enfant, j’ai appris à regarder et je reste profondément en lien avec la terre, ce qui a nourri mon imaginaire et qui reste aujourd’hui le terreau de mon travail.
Peindre, est une manière d’être au monde, une manière de regarder le monde, de le vivre, en prenant toujours pleinement conscience de sa fragilité.
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Premiers rayons du soleil © SYLVIE BASTEAU

« L’intériorité est sans limite » qu’est-ce que cela indique pour vous ?

L’intériorité touche ce qui nous anime dans notre propre histoire, notre culture, notre part d’inconscient; un vertige qui mène dans des profondeurs parfois abyssales. C’est la source de ma création. Mouvement sans limite qui demeure une nécessité; une toile appelle une autre toile…
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La mare aux songes © SYLVIE BASTEAU

Comment réussissez-vous à capter un instant fragile ?

On capte ces instants dans le travail, le silence, un silence parfois proche d’un état méditatif.
Ces instants fragiles portent ce que l’on attend aussi dans la création.
Ils sont nourris de vibrations, mais aussi de ruptures, d’inattendu…ce qui touche à la vie même .
La fragilité de ces instants permet de donner le sens, le mouvement, la lumière d’un tableau.
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Frimats 2014 © SYLVIE BASTEAU

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur  » Silence troublé » ?

Tout silence est accompagné de frémissements, de souffle, mais aussi de lumières, de perceptions sensorielles diverses. Être en silence permet l’immersion attentive dans l’instant présent.
« Troublé », car cette discontinuité peut faire naître le commencement d’une histoire.
La magie ainsi parfois s’opère sur la toile.

Le silence permet d’écouter la musique et j’ajouterai « d’écouter » la peinture.
Dans cette toile « Silence troublé » la peinture se décline dans des tonalités de gris et de blancs avec une touche ocre et un jeu sur la lumière. Subtilité des infimes variations de l’instant.
Dans le bas du tableau, une trace blanche, peut-être une feuille,
elle se pose ou s’envole….à chacun son histoire.

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Silence troublé© SYLVIE BASTEAU

Qu’appréciez vous particulièrement dans votre travail ?

J’ai fait des études d’histoire de l’art et il est plus facile de parler du travail des autres peintres que de mon travail.
Cependant, je peins depuis plus de 30 ans. J’ai arrêté mon doctorat pour me consacrer totalement à la peinture et je ne l’ai jamais lâchée depuis. J’ai toujours travaillé avec cette nécessité intérieure, incontournable, de peindre.
De plus, ce que je voudrais défendre aujourd’hui, ce sont les différents mouvements de peinture qui sont advenus à l’atelier. C’est ce qui porte mon travail et le désir de peindre.
Rien n’est figé.
Au fil des années avec le travail quotidien, la peinture évolue, bouge, vit.
L’œuvre se construit ainsi à partir d’émotions, de sensations, de perceptions et de rencontres.
Pour illustrer cela, j’ai découvert il y a presque deux ans, l’écriture d’ un poète africain, Gabriel Okoundji. Une vraie rencontre qui m’amène sur des sentiers inconnus, de nouvelles émotions, profondes, de nouveaux espaces et cela m’a porté vers de nouvelles toiles, le temps de la rencontre…
Les peintres disent souvent que la peinture est un combat, c’est en tout cas un engagement pour tisser un dialogue avec les autres, la finalité sûrement de tout ce processus.

Découvrez Sylvie Basteau sur Singulart :www.singulart.com/fr/artiste/sylvie-basteau

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