Interviews

L'entretien avec l'artist Souhayl A

Votre singularité artistique ?

Je ne sais pas si l’on peut parler d’une singularité artistique mais je dois dire que je suis de plus en plus attiré par certains types d’expressions artistique plutôt que d’autres et dans la période actuelle de ma vie c’est plutôt le médium photographique qui m’intéresse dans la mesure où il s’agit d’un langage dont l’expression est actuellement universellement assimilable. Je pense que les analphabètes de demain seront ceux qui auront du mal à lire et comprendre les images. À travers mes photographies j’essaye de raconter des histoires, de développer un regard d’auteur qui me permet d’interagir avec l’Autre différent de moi.

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Gangsta Dating Stroy #21, 2012, 30x45cm

Quels sont les thèmes majeurs que vous explorez dans votre travail ?

L’humain a toujours été au centre de mon œuvre photographique. Quand je fais de la photographie de rue je m’intéresse d’abord au ressenti des gens à l’état sauvage, en cela je suis plutôt adepte de prendre une photographie d’une scène ou d’une personne et ensuite de tenter de la négocier afin de la conserver avec le consentement du sujet (et non pas l’inverse). Pour ce qui est de mes travaux documentaires, je procède bien sur différemment. Ce qui est identique c’est la volonté de mettre l’homme au cœur de mes thématiques. Ces dernières années je travaille beaucoup sur les codes séduction et les rapports hommes/femmes dans les milieux fermés. Je dirais que mon histoire personnelle, la curiosité vis-à-vis d’autres cultures que j’ai cultivées depuis mon enfancem’ont amené naturellement vers des sujets qui me sortent systématiquement de ma zone de confort. Des sujets où il est difficile de les mener à bien si l’on est quelqu’un d’introverti ou si l’on a du mal à aller vers les autres.

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Hotel Cap Estel Ezé Nice #1, 46x60cm

D’où prenez-vous votre inspiration ?

Dans la continuité de ce qui a été dit plus haut, je puise d’abord mon inspiration dans mon propre vécu, mes rencontres passées, mais aussi dans le cinéma, la peinture et dans quelques essais et livres de sociologie qui m’ont marqué…

Pour m’ouvrir à d’autres perspectives et évoluer dans mon regard d’auteur, je regarde maintenant aussi ce que produisent d’autres photographes. D’abord pour ne pas tomber dans le piège de refaire un énième sujet qui a déjà été traité à maintes reprises. Ensuite pour évoluer techniquement et prendre ce qu’il y a de bon chez certains, non pas pour les copier mais pour s’en inspirer pour mon propre travail. Le plus dur pour un photographe reste de trouver son propre style et une signature photographique singulière.

Quels artistes admirez-vous ?

De l’admiration je ne dirais pas, mais plutôt du respect, d’abord pour les photographes passés qui ont travaillé avec des moyens et des conditions difficiles; des gens qui ont d’abord penser la photo en terme technique avant toute quelconque performance artistique, je pense à la génération argentique…avec le numérique ça à l’air plutôt facile, mais notre époque a aussi ses difficultés et inconvénients qui ne sont pas d’ordre technique mais plutôt en matière de restriction de libertés et de droit à l’image….l’avènement de l’internet 2.0 n’a fait qu’empirer les choses à tel point que de nos jours il est difficile de sortir son appareil photo dans un environnement neutre sans susciter l’hostilité et la suspicion. Cela dit, et pour revenir à votre question, Je dirais qu’August Sander est pour moi un des précurseurs de la photographie sociale et humaniste. Influencé lui-même par la peinture de courbet. Sanders est un des premiers à s’atteler à photographier les gens ordinaires et plus particulièrement les travailleurs du quotidien. Il représente pour moi un avant et un après dans l’histoire de la photographie. Il influencera toute une génération après lui, spécialement ceux du courant de la nouvelle objectivité et de la nouvelle vision y compris Walker Evans et Irvin Penn jusqu’à la génération de l’école de Düsseldorf. J’admire aussi l’œuvre de Chris Marker cinéaste français d’avant-garde qui a touché à tout y compris à la photographie et qui pour moi est un génie dont on ne finira pas de parler dans des centaines d’années.

Pouvez-vous nous en dire un peu sur la série : « Gangsta Dating Story » ?

L’histoire a commencé en 2012 quand j’ai reçu chez moi à Paris via le réseau social couchsurfing.org une afro-américaine avec laquelle j’ai sympathisé et à qui j’ai fait visiter Paris durant une semaine. Apprenant qu’elle avait des cousins dans le South-Bronx et sur la côte Est Américaine et en voyant les photos Instagram qu’elle m’a montrée des profils de ces personnes… j’ai eu l’inconsciente idée de lui demander immédiatement si je pouvais venir les photographier. Commence alors, une période de six mois de négociation et de tâtonnement de terrain afin que je puisse finalement débarquer aux USA pour une première introduction qui durera quatre jours où j’ai en réalité très peu photographié. Cela m’a en revanche permis de dresser les contours du projet et d’apprivoiser et distinguer entre ce que je voulais photographier par la suite, de ce qui était en dehors de mes limites de compétences. S’en suivront deux autres voyages plus organisés qui ont permis de donner corps au travail que je présente actuellement.

La principale difficulté du projet était de réussir à surmonter ses peurs pour inspirer la confiance et se faire accepter ainsi dans le milieu. Pour réaliser cela il faut bien évidement avoir non seulement une stratégie mais également se fixer des limites à ne pas dépasser. Autrement dit, il faut aimer l’adrénaline, faire beaucoup de psychologie et faire appel en permanence à son propre sixième sens pour sentir le danger quand il arrive, afin de préserver son intégrité physique et ne pas risquer inutilement sa vie.

Exerçant un autre métier en dehors de la photographie je ne pouvais adopter une stratégie d’immersion comme le font parfois les photos-reporters, j’ai donc fait quatre voyages, d’une durée totale de trente-cinq jours. Dès le premier voyage il m’est apparu clairement que les rapports hommes/femmes dans le milieu «gangsta» était le sujet le plus photogénique et qu’il fallait orienter ma photographie dans ce sens et décortiquer les codes de séduction entre les hommes et les femmes dans ce milieu, afin de proposer une vision d’auteur en complément de ce qui pourrait être un travail sociologique sur le phénomène des gangs.

Une fois les images obtenues, commence alors une longue période de prise de distance et de tri pour ne garder que 10% des images les plus intéressantes. Cette phased’ Editinget de post-production me prend en général plusieurs mois. C’est pour moi la phase la plus compliqué du projet dans la mesure où l’on est seul face à ses choix. Réussir à transposer un ressenti du terrain et le traduire dans une écriture photographique cohérente est un exercice exigeant qui me prend souvent beaucoup d’énergie.

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Gangsta Dating Story #17, 2012, 30x45cm

D’ailleurs si l’interview est à présent malheureusement terminée, ça continue sur:www.souhayla.com
D’ailleurs Klaus Killisch est maintenant sur Singulart :https://www.singulart.com/en/artist/souhayl-a-306

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