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Entretien avec la photographe Estelle Lagarde

Quels sont les thèmes majeurs que vous explorez dans votre travail? Quels est votre singularité artistique?

Les principaux thème que j’explore et qui se croisent dans ma démarche artistique sont l’espace et le temps.
La mémoire des lieux; Le temps en photographie avec une vitesse de pose lente au moment de la prise de vue. L’échelle de l’humain dans l’espace. Une certaine place laissée au hasard, avec l’aléatoire généré par les mouvements pendant la pose.
Certains sujets de société peuvent être abordés à travers un prisme fictionnel. Le désir d’exploration d’un nouveau thème à chaque nouvelle série. La recherche d’une étrangeté, d’un absurde, ou d’un décalage.
Mais il y a toujours la présence de l’humain dans mes images. L’échelle de l’humain dans l’espace et dans le temps.

Vous êtes aussi architecte – est-ce que cela vous aide dans votre travaille artistique ? Et si oui, comment?

Et bien oui cela m’aide pour obtenir les autorisations. Il me semble qu’il est rassurant de savoir que je suis de la partie, notamment lorsque les lieux sont très dégradés.
Je pense également que j’ai une certaine sensibilité aux lieux, à l’espace et à la lumière, qui m’aide à bien choisir les lieux et à placer correctement les différents personnages dans l’espace.

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Au salon, 2006, 78×100 cm

Dans votre travail vous choisissez des endroits abandonnés – comment trouvez-vous ces endroits? Et comment abordez-vous le travail d’une nouvelle série ?

Un certain nombre d’endroits ont été trouvés grâce à mes amis architectes. Sinon, à l’époque de Femmes Intérieures ou Dame des songes, je regardais les panneaux suspendus aux façades des bâtiments voués à être démolis ou transformés et sur lesquels étaient mentionné les noms des propriétaires.

Ensuite, je vais faire un repérage. Il peut arriver que des lieux ne m’inspirent pas. Lorsque le lieu m’inspire, je travaille sur les prises de vue réalisées en repérage pendant plusieurs mois. Je réfléchis à la thématique, je fais des croquis, pour imaginer des mises en scènes dans l’espace.
Enfin, j’organise le ou les shootings. Certains ont été fait sur 3 jours d’affilé et je n’y suis jamais retournée (maison d’arrêt par exemple). D’autres, sur plusieurs week-end étalés sur 2 ou 3 ans (L’Auberge). Cela dépend beaucoup de la facilité d’accès que l’on m’offre.
Il faut préciser que je travaille en argentique, souvent à la chambre (quand j’ai les moyens de m’auto-financer) et avec des personnes bénévoles qui ont la gentillesse de me donner un peu de leur temps. Donc il faut être très précis dans les mises en scène à faire, prévoir les costumes, éventuellement les accessoires, tout le matériel.

Lorsque vous travaillez sur un nouveau projet, par quoi commencez-vous ?

Cela dépend du projet. Pour les projets dans les lieux, je commence par visiter le lieu. Mon travail, est en majorité basé sur une rencontre avec un lieu, un décor, un espace, ou l’histoire d’un lieu.
Mais La traversée imprévue ou le projet que je viens à peine de commencer, ont besoin de passer par l’écriture, la narration.
On peut aussi parler de rencontre. D’ailleurs, c’est la « rencontre » (avec la maladie, avec une personne, avec un lieu) qui provoque le désir de faire une nouvelle série.

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La sieste, 2014, 44×61 cm

Quelles sont les grandes étapes de votre carrière artistique ?

Il y a eu l’étape de la formation de 2000 à 2005. Je suis autodidacte si l’on peut dire, je n’ai pas fait d’école, mais j’ai rencontré une personne déterminante qui m’a formée. Cette étape était assez solitaire, je ne travaillais qu’avec mon ami mais je ne montrais rien à personne d’autre.

Puis, il y a eu l’étape de l’ouverture aux autres, j’ai rencontré beaucoup de personne du milieu de la photographie en France et j’ai commencé à exposer, à avoir de la presse, à vendre mon travail, à être reconnue. Ma rencontre avec Olivier Bourgoin en 2008 (agence révélateur) a été déterminante pour la diffusion de mon travail. Je crois qu’une autre étape a été franchie en 2017 avec l’exposition au Monastère Royal de Brou, (Bourg-en-Bresse, Centre des Monuments Nationaux) pour laquelle j’ai pu bénéficier de plusieurs aides (Aide du département de l’Ain, du CMN, de l’ADAPEI), apportant une autre forme de reconnaissance. D’un point de vue créatif , je ne ressens pas vraiment “d’étapes » mais plutôt un cheminement assez linéaire. Hormis “l’accident” de la Traversée imprévue.

Quels artistes admirez-vous ?

En vrac. Peinture ancienne: Jérôme Bosch, Pieter Brueghel, Böcklin, Turner, Dali, De Chirico…
Photographie: Corinne Mercadier, Laurence Demaison, Désirée Dolron, Dolorés Marat, Gabriela Morawetz, Georges Rousse.
Ou encore, certaines images de Erwin Olaf ou Grégory Crewdson bien qu’elles soient plus froide pour ma sensibilité.
Je découvre en ce moment le cinéaste Andreï Tarkovski, et son univers me fascine littéralement.

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Lundi Matin, 2009, 80×100 cm

La site web de l’artiste :http://www.estellelagarde.fr/

Estelle Lagarde sur Singulart :https://www.singulart.com/fr/artiste/estelle-lagarde-100

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