L’entretien avec le photographe Alain Schroeder

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Votre singularité artistique? Quels sont les thèmes majeurs que vous explorez dans votre travail?

En tant que photographe, j’aime raconter des histoires d’une manière visuelle personnelle. En Belgique, nous avons une tradition d’artistes surréalistes (Magritte, Delvaux, Marcel Broodthaerts, Wim Delvoye, et beaucoup d’autres), que j’ai étudié à l’école des Beaux-Arts et qui ont définitivement façonné la façon dont je vois les choses. Je n’ai pas de thème particulier mais je suis intéressé par tous les sujets centrés sur les gens.

Où trouvez-vous votre inspiration?

Au détour d’un magazine, sur internet, dans les librairies. Dernièrement j’ai acheté un livre sur la Sibérie parce que j’aimais la photo de couverture et je crois que je vais y aller. Souvent 1 seule photo me donne l’envie d’aller dans une région ou dans un pays et dès que j’ai décidé d’y aller j’étudie les reportages à faire sur place.

 

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Dreamland 6, 2015, 90×60 cm

Que pensez-vous de la relation entre l’art et le numérique ?

En photographie j’ai tout de suite vu le potentiel de la qualité du numérique contrairement à beaucoup de photographe de ma génération qui malheureusement sont restés accroché au film et ont progressivement disparu du monde professionnel. J’ai même du convaincre un éditeur d’utiliser mes photos digitales pour un livre sur Budapest il y a plus de 15 ans.

D’un côte la qualité technique des fichiers est bien meilleure et les corrections colorimétriques peuvent maintenant se faire dans un café, bistrot ou lounge-bar devant un cappuccino 😉

Cette réflexion vient d’un (vieux) photographe qui a passé des jours (et des nuits) dans le labo à tirer des photos en noir et blanc avec les mains plongées dans le révélateur et le fixateur. Un temps que les jeunes ne peuvent pas connaître, re 😉

Et puis, depuis quelques années, avec l’avènement des capteurs ultra sensible qui permettent de faire des photos à 3200 iso presque sans grain, c’est encore une autre partie du monde qui s’ouvre aux photographes de reportage comme moi.

Dans ma vie d’avant, je veux dire de photographe analogique, dès que le soleil se couchait on arrêtait de faire des photos de reportage, seul les photographes paysagistes posaient leurs trépieds.

Il y a 20 ans, en voyage en Inde et au Népal, j’avais eu l’idée et l’envie de faire des photos de reportage la nuit dans des petits cafés, magasins, restaurant qui étaient juste éclairés avec un néon parfois de couleur. L’ambiance était géniale mais c’était techniquement difficile, voire impossible.

Le bémol de cette révolution numérique grand public, et son corollaire l’avènement d’internet, c’est la pression sur les prix (par exemple très vite sur internet sont apparues des photos à 1 euros vendues par des sociétés bien organisées) qui a eu une répercussion assez désastreuse sur le chiffre d’affaire des agences de photos traditionnelles et de Reporters en particulier.

J’ai donc décidé en 2011-2012 de vendre mes parts de Reporters.

Depuis lors je voyage autour du monde en faisant des sujets divers et variés. Et sans la pression économique et financière.

Actuellement je travaille sur la post-production de mes photos en Corée et en Chine.

Je convertis les photos en N/B en testant toutes les plages de contrastes, le style général, etc. sans les heures de labo ce qui aurait pris 1 a 2 mois dans l’ancienne vie analogique.

Et le tout depuis n’importe quel endroit du monde. Précisément dans les cafés de Pékin en ce moment.

 

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Living for Death 2, 2016, 60×90 cm

 

Pouvez-vous nous en dire un peu sur « Living for Death 3 »?

Quand vous lisez ou regardez des photos de Ma ‘Nene, cela semble certainement être une pratique étrange mais on pourrait dire que ce sont nos coutumes funéraires (occidentales) qui sont étranges. Pour les Torajans, la mort n’est que le début d’un long voyage vers Puya (après-vie) qu’ils ont planifié toute leur vie. Les familles qui pratiquent cette coutume de nettoyage des cadavres croient fermement qu’il est de leur devoir de prendre soin du défunt, de maintenir des liens forts avec lui et ainsi de l’honorer.

Une fois que tous les membres de la famille sont arrivés (souvent de très loin en Indonésie), la maison funéraire est ouverte et les corps sont enlevés et découverts. Les cadavres sont déshabillés, délicatement nettoyés au pinceau, toilettés et placés à sécher au soleil.

Pendant ce temps, certains se remémorent les souvenirs, mangent et boivent, tandis que d’autres nettoient et rafraîchissent la tombe.

Puis c’est la séance des photos de famille. Tout le monde veut sa photo avec le mort.

Il y a des moments de deuil, en particulier à l’ouverture du cercueil, mais dans l’ensemble la famille est heureuse de retrouver ses proches.

 

 

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Living for Death 6, 2016, 60×90 cm

 

Le profil de l’artiste sur Singulart : https://www.singulart.com/fr/artiste/alain-schroeder-270

La site web de Alain Schroeder : https://alainschroeder.myportfolio.com/

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