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L'entretien avec Laure Vernière

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

J’ai quitté la France à 17 ans, choquée par la guerre d’Algérie. Mon père était un érudit, spécialiste du 18ème siècle : Diderot et son encyclopédie, Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Choderlos de Laclos, D’Alembert etc.…Je m’aperçois qu’aujourd’hui des « spécialistes » pillent son œuvre –cinq ans de recherches paternelles acharnées- et j’en éprouve toujours des regrets et une tristesse inguérissable. Je suis partie pour New York. J’ai repris mes études de littérature car je ne savais rien faire d’autre et, à 22ans, j’avais écrit ma thèse sur Nathalie Sarraute. Avec mon PHD et ma jeunesse, je suis devenue professeur dans un collège universitaire célèbre, Sarah Lawrence College, où j’enseignais la littérature française contemporaine J’aurais pu y rester jusqu’à la fin de ma vie, mais j’ai compris très vite que j’avais autre chose à découvrir, à vivre, à créer… et c’est en Europe que j’ai cru le trouver, par un nouveau détour ! En Italie, à Vérone, où je me suis réfugiée, avec grand plaisir, j’ai pu vivre avec des artistes, entre autre mon nouveau compagnon sculpteur, Pucci de Rossi. C’est là que j’ai embrassé à à bras le corps la maternité, l’art, la poésie, la politique, mais bientôt découvert aussi le mensonge de ce monde corrompu…

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Série Blanche 5, 1987, acrylique sur papier, 100×70 cm

Quelle est votre identité artistique ?

J’ai toujours été libre et l’art est devenu pour moi la liberté dans le plus profond sens du terme, peu à peu, à travers mes expériences, mon désir, mais aussi les déceptions…
De mon travail, étrangement, je n’ai pas grand-chose à dire qui pourrait changer le monde ! L’art, c’est pour moi l’émerveillement, comme l’amour. Non pas un esclavage, mais une croyance profonde en la justice ; Je suis aussi bouleversée par le monde du rire, mais ce rire, je le veux intelligent (avec ou sans la peur de la mort) D’où mes collages : des autoportraits, des écritures illisibles, des paysages redéfinis et peints. Les voyages – surtout en Inde- avec ma compagne Ann Garde, grande photographe argentique, m’ont passionnée et le résultat de cette passion, ces polaroids -argentiques !- que j’ai beaucoup exposés.

Qu’appréciez-vous particulièrement dans votre travail ?

Aujourd’hui, avec une certaine modestie volontairement artisane, je fais le contraire: je peins sur des supports naturels (écrans vietnamiens, casques indiens, albâtres d’Egypte, cosses de flamboyants, huîtres de Cancale et huîtres géantes du Sénégal etc.) que je glorifie avec des couleurs souvent métalliques, des symboles accentués et parfois désordonnés et des écritures parfois illisibles, grâce auxquelles j’offre un équilibre dans les extrêmes…

C’est un travail séduisant!

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Baiser les mots 5, 2011, collage sur papier, 80×58 cm

Pouvez-vous nous en dire un peu sur votre Série Blanche ?

Dans les année 80-90, Je suis entrée dans la série blanche. J’y ai travaillé avec
acharnement, comme si, ayant toutes les couleurs à ma disposition, je les avais rejetées par une sorte d’innocente arrogance : dire dans l’ombre, dans l’invisible, couche après couche, que je pouvais montrer et dire tout le négatif du monde en blanc… noyades, tremblements, émotions cachées par l’ironie du non dit, du non vu, du non-baroque extrême, d’une certaine destruction de la peinture… C’est dans les années 2010 que j’ai fait ma série Je baise les mots où la peinture est totalement absente : c’était un retour au papier fait main et à la poésie « pure »…

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Série Blanche 3, 1986, acrylique sur papier, 70×100 cm

Quels artistes admirez-vous ?

Mes artistes préférés: Henri Michaux, Nicolas de Stael, Bram Van Welde, Basquiat et tant d’autres…

OYSTERS AVRIL 2018

Le profil de l’artiste sur Singulart :https://www.singulart.com/fr/artiste/laure-verni%C3%A8re-871

One Comment

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    Laure Vernière

    Je vous remercie. Votre présentation de mon travail est très bien, mais je ne vois pas la dernière photo que je vous ai envoyée!

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