968_2af9c8662624df98a975bf2b434d4ab6

Comment avez-vous trouvé votre voie artistique ?

 

Tout môme, je disais à ma maman : »Quand je serai grand je serai peintre et je te ferai des tableaux » !
Je collectionnais beaucoup d’images en rapport avec la faune, la flore… mais aussi les timbres-poste de la Principauté de Monaco et d’Afrique qui enrichissaient mon imaginaire. Par ailleurs je pratiquais aussi beaucoup la photo.
J’ai suivi très tôt des cours de dessin par correspondance et me suis rapidement exercé « sur le motif ». Ma vie a vraiment « commencé » lorsque je suis entré à l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Nancy. Dès la fin de mes études artistiques j’ai peint de manière non figurative.
Après plus d’une vingtaine d’années consacrées à la publicité et au marketing, sans beaucoup peindre, c’est en 1997, après le décès de ma première épouse, que j’ai choisi de me consacrer uniquement à la peinture. Ancien clarinettiste, et afin de m’appuyer sur un fil conducteur inspirant, j’ai souhaité décrypter picturalement la musique de jazz.

 

 

Où trouvez-vous votre inspiration ?

 

Chaque jour je me nourris de tout ce que mes sens me transmettent… Ce peut être lors d’une balade, suite à une rencontre, à l’écoute d’un bruit devenu « son », voire musique… je suis un contemplatif ! Je continue à prendre beaucoup de photos pour fixer, pour figer une émotion que m’a procurée une lumière particulière, un rapport de couleurs, le détail d’une matière, un rythme…. mais je ne me sers pas directement de ces clichés ; ils ont en quelque sorte « imprimé » les strates de ma mémoire.
Ainsi constamment à l’écoute de mes capteurs sensoriels, j’ai donc travaillé sur les connections qui existent entre la musique et la peinture. Ayant très vite ressenti l’importance de faire naître chez le lecteur de mes œuvres des émotions directement en lien avec nos sens, j’ai poursuivi cette aventure picturale dans d’autres univers comme le VIN, le PARFUM, aujourd’hui l’ÉCRITURE, voire les signes, les traces, pour explorer nos mémoires sensorielles.

 

1945_92e59842985d4bd47ba01e5369458a74Peinture de Jean-Claude Bertrand, Parfum « Le mâle », 2013, Acylique, Huile sur toile, 100 x 100 cm

 

 

Qu’appréciez-vous particulièrement dans votre travail ?

 

Peindre n’est pas un « travail » ordinaire… c’est, ainsi que le disait Kandinsky, une « nécessité intérieure »… Nécessité de créer, de léguer, de laisser trace de ma façon d’appréhender le monde en général et l’art en particulier et de la partager.
L’acte de peindre est vecteur de sens : exposer ses œuvres au regard de l’autre, à la perception, à l’interprétation que le lecteur aura face à chacune d’elles, à l’envie qui le saisira de s’y plonger à son tour, de l’apprivoiser, de chercher à la comprendre, voilà qui donne sens, non seulement à ma démarche, mais à ma vie !
Etre peintre c’est un engagement, c’est la volonté de défendre l’idée que j’ai de ce que peut ou doit être une œuvre d’art…
La vie du peintre est jalonnée de multiples rencontres avec des personnes de condition, de culture, de croyance les plus diverses mais elle est aussi rythmée de voyages et donc de lieux différents…
Et puis, comment définir ces instants magiques lorsqu’on décèle chez le lecteur d’une œuvre le désir qu’elle lui appartienne ? Beaucoup d’acquéreurs sont devenus des amis.
Enfin j’ai la chance d’avoir à mes côtés une épouse, attentive et respectueuse de mon engagement, avec qui j’ai de nombreux échanges critiques sur mon travail. Ces échanges sont précieux pour mon propre recul et mes questionnements.

 

1943_eeeac39850ff9ae804c33717bda8a778Peinture de Jean-Claude Bertrand, Only Human N°20 – L’ange, 2015, Acylique, Huile sur toile, 80 x 80 cm

 

 

Quelle est votre définition de l’art ?

 

Par l’art, l’humanité défie sa propre disparition…
L’art ne peut se suffire à être qu’un seul témoin de la société. Il lui appartient de rendre sensible l’énigme et le mystère du sens.
Le contenu d’une œuvre ne peut se révéler au regard du lecteur que si la forme de cette œuvre lui permet et l’invite à y accéder.
Et dans cet esprit je suis très sensible à ce que dit Patrick Zeyen, homme de lettres qui navigue entre cinéma peinture et poésie : « l’acte de peindre arrive à son niveau supérieur lorsque l’œuvre a deux qualités : en tant qu’objet plastique, elle se suffit à elle-même et intellectuellement, elle pose question. Le sujet dépassant la formulation, l’œuvre acquiert un caractère d’intemporalité, voire d’éternité ».

 

Comment peut-on s’imaginer votre atelier ?

 

Un jardin secret, ouvert cependant à qui le souhaite, offrant à l’œil du visiteur une alchimie propice à stimuler ses sens en découvrant, au hasard des toiles et des multiples outils et matériaux utilisés par le peintre, l’univers particulier dans lequel va naître, se défaire, se reconstruire, consciemment et intuitivement chaque œuvre nouvelle d’un petit ou très grand format…

 

1942_14d6149b3f0f20e5b94a8f99361ca9e6Peinture de Jean-Claude Bertrand, Ecriture musicale N°1, 2015, Acylique, Huile sur toile, 100 x 100 cm

 

 

 

Comment vous projetez-vous artistiquement parlant dans quelques années ?

 

Menant à ce jour une aventure picturale au cœur de nos mémoires sensorielles, si je savais comment et où j’en serai dans quelques années, la notion d’aventure et donc d’exploration, de recherche perpétuelle serait obsolète.
Cependant il est vrai que j’aspire à ce que cette aventure prenne une coloration plus spirituelle, voire métaphysique, mais toujours hors des sentiers battus des effets de mode, de courants artistiques, de l’attrait de techniques nouvelles souvent sans plus-value artistique, de pure décoration qui nous lèguent que des objets plaisants ou choquants, curieux ou utiles…

 

serie_3301_d04779cddc836edf4594f405867eca58Peinture de Jean-Claude Bertrand, Introspection N°4, 2015, Acylique, Huile, Graffiti, Craies Grasses sur toile, 120 x 170 cm

 

 

Profil Singulart de Jean-Claude Bertrand : https://www.singulart.com/fr/

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *