Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

 

Parcours

 

1946 : Naissance à Oujda (Maroc oriental)

1967 : Établissement en France

1971 : Installation dans mon travail (indépendant de l’art)

1989 : Départ de l’Hérault où j’exerçais depuis 71 pour Montargis (Loiret) où je poursuis l’exercice de ma profession, puis installation à la campagne à un jet de pinceau de Montargis, dans une ancienne ferme gâtinaise. Dès lors, je continue mes recherches picturales commencées très jeune mais sans exposer mon travail.

1995 : Premier voyage au Mexique qui sera suivi de cinq autres.

2010 : Je commence à montrer mon travail.

 

 

 

Expositions 

 

Montargis, Villemandeur, Amilly, St Gondon, avec Aranima à Paris, Blois, Pithiviers, golf de Vaugouard à Fontenay, Château de Lisledon, Haras de Saint-lô avec les bô diables, trophée Carrare, Art3F Mulhouse, Art3F Metz, Art3F Nantes. Deauville, Lyon, Mexico city, galerie Artisans d’art Honfleur (en permanence), Lyon, La Rochelle avec artatlantic, galerie Sonia Monti Paris huitième…

 

 

serie_2841_65fe35d1d40278d73c99b908b8e09246Peinture de Jean-Louis Azencott, Hommage à Chagall, 2018, Acrylique sur toile, 100 x 100 cm

 

 

Je suis en fait artiste peintre depuis toujours. Ma peinture comprend plusieurs techniques : La peinture, un travail sur des mannequins de vitrine en résine et des animaux en fibres de verre  (chiens, chats…), des fruit également : pommes, cerises… que j’utilise comme supports.

J’ai suivi il y a quelques années un perfectionnement très formateur en copie de tableaux de maîtres, des copies d’œuvres de Von Blaas à Vermeer en passant par Tamara de Lempicka, pour toucher du doigt leur technique et approcher leur génie.

J’ai commencé à montrer mon travail en 2010, d’abord dans ma région, le Loiret, puis dans le cadre du département et enfin dans les salons de peinture contemporaine en France et à l’étranger (Mexique uniquement puisque j’ai un fils qui y réside).

Pour parler techniques, c’est d’abord le dessin qui me semble essentiel, je réalise plusieurs dessins préparatoires, puis j’utilise des techniques mixtes. Je travaille souvent deux toiles à la fois pour prendre de la distance et retrouver un œil neuf. On peut dire que ma peinture est plutôt optimiste (cf ma très libre interprétation du Radeau de la Méduse de Géricault où ce sont des femmes qui dérivent sur le radeau, mais qui ont une chance d’être repêchées, elles !) et qu’en général ça raconte des histoires qui nécessitent une deuxième lecture de plus près.

Je me considère comme ‘’affilié’’ à un mouvement de peinture qui est né dans les années 80 : la figuration libre. Une peinture qui fait surtout référence aux  arts populaires et aux comics, bien que je sois également influencé par l’expressionnisme allemand pour les couleurs et par l’école de Paris pour l’émotion.

Je vis donc à la campagne au cœur du Loiret où j’ai mon atelier.

 

 

serie_2841_0bc0ce2dd2672307d277ccea7172866dPeinture de Jean-Louis Azencott, Le radeau de la Méduse, 2017, Acrylique sur toile, 100 x 100 cm

 

 

 

Quand avez-vous su que vous deviendrez artiste ?

 

J’ai commencé très jeune à m’intéresser à la peinture. À ce propos, je me souviens un jour qu’à l’âge de 6 mois, alors que je tétais goulument ma mère, je dessinais déjà des nus sur son corsage, à son grand étonnement. Je plaisante, mais je ne suis pas si loin de la vérité. À 16 ans à peine je réalisais des copies de maître au pastel à partir de minuscules photos que je découpais dans les pages du dictionnaire familial, un beau Larousse relié, flambant neuf, que je restituai à mon père ahuri, en confettis. J’ai toujours chez moi la ‘’Vénus’’ de Velázquez que j’ai réalisée au pastel et fusain, qui dort depuis cette époque dans son cadre d’origine bricolé par mon père ! Je l’ai conservé tel quel. Mais en fait le déclic me vient surtout de ma grande tante, une gentille vieille fille toute rousse aux doigts arthritiques, qui peignait de magnifiques roses sur des toiles de jute grossièrement tissées et sans châssis. J’étais admiratif et essayais de l’imiter. Ma mère aussi, pour occuper le peu de temps dont elle disposait (elle avait cinq enfants) dessinait et peignait aussi sur toiles de jute, des rose, des roses et encore des roses. Je pense que cet amour de la peinture me vient de mes chers parents. Mais pas l’amour des roses !

 

 

serie_2841_3c51eef5804990804f3984e8b885bcb0Peinture de Jean-Louis Azencott, Les petits enfants du siècle, 2017, Acrylique sur bois, 60 x 60 cm

 

 

 

Où trouvez-vous votre inspiration ?

 

Certains mouvements en peinture prônant des couleurs vives m’ont fasciné et fortement influencés : Le fauvisme en France avec Vlaminck, Derain ou Van Dongen, l’expressionnisme allemand qui préconise des formes dures et des couleurs violentes quasi sorties du tube. Difficile pour moi de citer tous ceux qui ont enrichi mon vocabulaire artistique. Je peux volontiers évoquer Macke, Marc, Schiele, Jawlensky, Kirchner…

Comme je le disais, j’ai beaucoup aimé les expressionnistes allemands et plus près de nous les peintres de la figuration libre, mais les artistes qui m’ont le plus influencé dans mon parcours artistiques, dans mon style et dans mon cœur sont et resteront sans conteste les peintres juifs de l’école de Paris, cette école de Paris Montparnasse, ces peintres des années 1905/1940 qui fuyaient les pogroms de leur pays, des russes, des ukrainiens, des polonais, des bulgares, des hongrois, des roumains, des tchèques, misérables, qui arrivaient en France en guenilles. Des artistes venus essentiellement d’Europe de l’Est se réfugiaient dès 1905 à Montparnasse, tels Soutine, Chagall, Pascin, Krémègne, Epstein, Volovick…et ‘’squattaient’’ des ateliers exigus, froids et sans confort, à l’impasse Dantzig : à ‘’La Ruche’’, généreusement crée par un sculpteur et mécène : Alfred Boucher. La Ruche dénommée ainsi au vu de ses ateliers qui ressemblaient aux alvéoles d’une ruche, cette ruche où grouillaient ces fameux artistes réfugiés qui fuyaient l’antisémitisme de leur pays. C’est cette peinture-là, chaude, animée, émouvante, éclatante de vérité et misérabiliste, chargée d’histoire, de tristesse et de misère qui m’a le plus influencée. C’est avant tout celle de l’immense Chagall qui a orienté ma façon de voir la peinture et de peindre tout simplement.

Une analyse de ma peinture par un critique d’art mexicain dit en substance ceci :

 » …La peinture pour Azencott n’est pas seulement contemplative. Faire un tableau, pour lui c’est à la fois construire un espace et s’inscrire dans une histoire ; raconter. Une attitude, un sentiment ou une ambiance lui suffisent pour créer une vie, des vies dans un même lieu. Ainsi chaque tableau est un feu d’artifice d’événements servis dans une  alchimie d’une oeuvre riche en couleurs et fluorescente… Sa production en somme, ce n’est pas seulement de la peinture, mais un  jaillissement maîtrisé… ‘’

 

 

 

serie_2811_4582086c512ef39e4bfb3c0d75080902Peinture de Jean-Louis Azencott, Hommage à Tamara, 2017, Acrylique sur toile, 92 x 73 cm

 

 

 

 

Lorsque vous travaillez sur un nouveau projet, par quoi commencez-vous ?

Sur un nouveau projet je commence toujours par m’interroger sur : quelle histoire je vais raconter sur la toile. Dernièrement c’est les enfants qui m’ont inspirés. J’avais revu le film « Cinéma Paradiso » un film italien réalisé par Giuseppe Tornatore sorti en 1988 avec entre autre Philippe Noiret ; et l’atmosphère de ce film a guidé mon dessin et mes pinceaux pour réaliser une première toile. Ensuite sur ma lancée, inspiré par des titres de films ou de livres j’ai réalisé d’autres toiles : « Les enfants du Pirée », «  La cité des enfants perdus », « Un sac de billes » « Les petits enfants du siècle » (merveilleux roman de Christiane Rochefort paru chez Grasset en 1961) donc cinq tableaux de même format : 60 x 60 cm soit sur toile soit sur plaque de bois indéformable (du médium d’un cm d’épaisseur).

 

 

serie_2841_d2b13b9a69b72e025bab9bde7b96991ePeinture de Jean-Louis Azencott, Un sac de billes, 2018, Acrylique sur toile, 60 x 60 cm

 

 

 

Avez-vous des matériaux avec lesquels vous préférez travailler et pourquoi ?

 

Je travaille le plus souvent à l’acrylique et aux Poscas avec quelquefois des touches à l’huile. L’acrylique se travaille facilement et on peut revenir « cent fois sur le métier » sans que cela pose problème. La toile de lin me va bien,  le bois (médium) aussi. J’apprête la surface ou bien je pose un enduit par endroits pour donner du relief et de la profondeur au sujet. Le reste n’est que variations personnelles propres à chaque artiste.

 

 

 

 

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre série de chevaux ?

 

J’essaie de restituer dans mes œuvres l’ambiance d’une histoire que je raconte (je parle ici des scènes de genre) tout en préservant l’inventivité d’une facture qui me démarque volontairement de tout académisme. Mes chevaux par exemple sont décorés comme des festins, quelquefois déstructurés juste assez, chevaux baroques, chevaux indiens bariolés ou poneys rupestres fiers et fougueux qui viennent se heurter, se rassembler, se sublimer dans une alchimie électrique particulière. Peindre des chevaux est pour moi un moment de grand privilège, de sérénité absolue et paradoxalement d’intense ferveur qui explose dans mon imaginaire. Les couleurs que je le leur porte se mélangent dans des harmonies proches des partitions musicales, comme des sons. Je mets en fait en musique mes équidés, pour que chaque touche trouve sa place sur l’animal. Dans mes toiles, le sujet principal est toujours entouré de dessins plus ou moins colorés mais qui évoluent à leur convenance et meublent en fait la moindre parcelle de toile dans une histoire que chacun peut interpréter à sa manière. Je m’exprime mieux sur des grands formats.

Petite parenthèse :

 En 1967 avant d’entreprendre des études dites « sérieuses », j’étais inscrit dans une école d’art à Paris. J’y suis resté peu de temps. Pourquoi ? Eh bien j’allais régulièrement à la butte Montmartre observer les peintres qui à l’époque étaient encore d’authentiques artistes, comme par exemple certains disciples d’Utrillo, des suiveurs de Frank-Will ou Roland Dubuc (que j’ai aperçu dans les années 1980 devant son chevalet place du tertre), et ces peintres magnifiques mourraient de faim, ils ne vendaient rien ou pas grand chose. Découragé devant ce spectacle désolant et injuste, j’ai changé de cap mais en jurant d’y revenir une fois ma « situation professionnelle » assurée. Ce que j’ai fait. J’ai gardé malgré tout la main en peignant et dessinant sans discontinuer durant cette période d’activité professionnelle, imitant la flamboyance des couleurs des tableaux de ces peintres de la butte que j’allais admirer très régulièrement, je suivais leurs conseils avisés et imprimais dans ma mémoire  la danse de leurs pinceaux ou de leurs couteaux sur la toile. 

Je terminerai cette interview par ceci :

Pour moi, ‘’ Petit orchestre de rue’’ (A/T format 100 x 100) visible sur mon site est la toile la plus significative de ce que je fais. En effet c’est un tableau que j’ai exécuté inconsciemment dans la mouvance de ‘’École de Paris Montparnasse’’ mais toujours dans mon style et qui rend hommage aux peintres d’Europe de l’Est qui fuyaient l’antisémitisme et venaient se réfugier à Paris, terre d’accueil, dès 1905. Leur désir artistique pouvait ainsi s’épanouir librement. La plupart de ces artistes furent malheureusement raflés et déportés dans des camps d’extermination nazis et leurs œuvres furent détruites. Marc Chagall fait partie de ces peintres qui se réfugièrent à Montparnasse, impasse Dantzig en 1911, mais lui, quitta la France de Vichy en 1941 pour les USA.

Ce tableau (composé de trois musiciens dans une rue) est à la fois représentatif de la joie, de la gaieté puisqu’ils jouent en souriant, mais aussi avec une espèce de mélancolie dans les attitudes et de tristesse dans le regard. Une représentation misérabiliste de trois pauvres hères qui jouent pour quelques sous, en pleine rue devant un café. C’est ce genre de thèmes, cette peinture-là, chaude, chargée d’histoire, de mélancolie et bizarrement d’espoir mêlés qui m’inspire et influence mes œuvres qui, selon les critiques, s’inscrivent dans la durée, dans la densité où l’émotion et le cœur sont les moteurs essentiels.

 

 

 

 

serie_2825_92b64bf0cc2804079e0469a2fdcb6c10Peinture de Jean-Louis Azencott, Le cheval bleu, 2017, Acrylique sur toile, 80 x 80 cm

 

 

 

 

Profil Singulart de Jean-Louis Azencott: https://www.singulart.com/fr/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *