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Découverte de Dansaekhwa : le mouvement monochrome coréen

Qu’est-ce que le Dansaekhwa ?

« Dansaekhwa » signifie « peinture monochrome » en coréen. Ce mouvement artistique a été fondé par des artistes nés dans les années 1930-1940. Le Dansaekhwa a connu un essor considérable en Corée du Sud dans les années 1970, bien qu’il n’était pas encore considéré comme un mouvement distinct à l’époque.

Le terme Dansaekhwa (également appelé « tansaekhwa ») a été employé pour la première fois par le critique d’art Lee Yil, qui l’a utilisé pour décrire des œuvres adoptant des tons neutres.

Importance historique

Dansaekhwa s’est développé en trois décennies : les années 50, en s’inspirant de l’expressionnisme; les années 60, avec le développement de la géométrie et de l’abstraction des couleurs. Enfin, le style monochrome caractérisant Dansaekhwa est apparu dans les années 70. Bien que qualifiés de « Monochromes coréens », les artistes pionniers du mouvement étaient pour la plupart nés en Corée mais vivaient et travaillaient au Japon ou à Paris.

Une réponse artistique à la politique

La peinture monochrome coréenne est considérée comme une réponse directe à la crise politique qui a suivi la guerre de Corée au début des années 1950.

L’art fut utilisé pour échapper aux traditions restrictives et l’autorité politique. L’agitation politique de l’époque se manifesta dans le Dansaekhwa. Cette forme d’art anti-structurelle, entièrement opposée au réalisme conventionnel, peut être considérée comme l’antithèse des styles de peinture classiques d’Asie de l’Est. Ce mouvement marque le passage de la Corée du Sud vers une identité culturelle moderne.

From Line (1978) – Lee Ufan

Comprendre le style

Peinture monochrome

Avec leur travail, les artistes de Dansaekhwa ont cherché à se connecter à leurs origines plutôt que de créer des œuvres d’art destinées à la contemplation esthétique pure.

La simplicité d’un style est souvent confondue avec réduction, les artistes monochromes coréens se concentrent pourtant intensément sur la superposition et la manipulation des matériaux sur la toile. Par exemple, en déchirant le papier, en ajoutant des encres, des poudres, du charbon… À travers des techniques diverses, les artistes Dansaekhwa ont exploré les modes d’interaction entre les qualités matérielles d’une oeuvre et le spectateur.

Grâce à l’attention portée aux couches et aux coups de pinceau, le caractère monochromatique permet aux textures des matériaux de parler d’elles-mêmes.

Untitled, (1982) – Kwon Young-Woo (권영우)

Philosophie des pionniers de Dansaekhwa

Le Dansaekhwa est une forme d’art méditatif. Les artistes se penchent sur les relations forgées entre le matériau et le créateur, l’œuvre d’art et son public, et entre les matériaux eux-mêmes.

Lee Ufan, chef de fil du mouvement, en est l’exemple, en abordant la dichotomie sujet-objet dans son travail. En effet, le spectateur n’est pas un spectateur passif de l’œuvre d’art. Au contraire, le corps est considéré comme inextricable à partir de notre expérience du monde matériel. Dans les peintures monochromes coréennes, l’œuvre d’art est incomplète sans le regard du spectateur. Son regard est nécessaire pour activer la dynamique des matériaux.

La capacité méditative de Dansaekhwa permet à l’objet d’art d’exprimer la capacité transformatrice et intense du travail d’un peintre dans l’oeuvre. Parmi les autres pionniers du mouvement Dansaekhwa, citons Park Seo-bo (né en 1931), Chung Chang-Sup (1927 – 2011) et Kim Whanki (1913-1974).

Chung Chang-Sup | MoMA
Return 77-A (1977) – Chung Chang-Sup

Le monochrome coréen contre le minimalisme occidental

Malgré les similitudes, les œuvres d’art monochromes coréennes ne se limitent pas seulement aux aspects visuels. Le minimalisme occidental ainsi que les artistes monochromes coréens prennent leurs distances par rapport à la représentation figurative. Cependant, le premier se tourne vers l’abstraction afin de se déconnecter de la réalité alors que le second entend fondamentalement « retourner à la nature ».

Cette idée est illustrée par le travail de Lee Ufan (né en 1936). Dans son œuvre, Ufan s’inspire à la fois de la philosophie orientale et occidentale.

« La nature est le royaume de l’infini où l’on peut continuellement se ramener au vide ».

From Point No. 7901256 (1979) – Lee Ufan

Les œuvres de Dansaekhwa reflètent donc la philosophie coréenne , elle consiste à faire partie de la nature plutôt qu’à en être séparé. Dans cette optique, les œuvres produites dans les années 1970 sont particulièrement écologiques et terrestres. Dansaekhwa y parvient en prêtant attention aux propriétés des matériaux, aux textures et aux interactions avec d’autres objets.

Focus sur Singulart : Nos artistes et l’art monochrome

Nous avons interviewé l’artiste coréenne de Singulart, Sophia Kim, pour comprendre comment ce mouvement artistique continue d’influencer la peinture actuelle.

« J’estime qu’il convient de considérer mes œuvres comme une peinture monochrome ou minimaliste, souvent sous la forme d’un art conceptuel ou expressionniste abstrait, lorsqu’il s’agit de questions de style ».

Bien qu’elle ne travaille pas dans les mêmes conditions politiques, Sophia Kim partage toujours le désir d’explorer la notion d’une forme d’art plus « libre et plus pure » et d’offrir une prestation artistique méditative.

À travers ses motifs minimalistes et ses couleurs naturelles, elle explore les thèmes existentiels et la spiritualité:

« Mes œuvres sont le reflet de la méditation sur l’ineffabilité »

La peinture de Kim est une tentative de laisser le transcendant s’incarner et se manifester comme réalité. La dernière série de Kim y parvient parfaitement, en explorant l’espace négatif grâce à son style minimaliste et à ses couleurs neutres.

Sous Rature Sophia Kim
Sous Rature (2020), Sophia Kim

Nous avons également interviewé un autre artiste sud-coréen Seung Yoon Choi. Son travail ne s’aligne pas directement sur les caractéristiques monochromes de Dansaekhwa car il travaille dans un mélange de couleurs. Cependant, son adaptation contemporaine du mouvement est parfaitement illustrée par sa série « Rule of the opposite ». Ici, il explore la notion de paradoxes à travers son style abstrait :

« Le cœur se contracte et se dilate, la lumière et les ténèbres se rencontrent chaque jour ; la terre est faite d’oppositions ».

Ici, Choi utilise des lignes et des espaces précisément contrôlés, ainsi que des coups de pinceau bleus distincts pour capturer l’émotion de cette contradiction.

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