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Pancho Guedes, un grand maître portugais

Pancho Guedes est l’un des artistes présentés dans la vente exclusive de Singulart en partenariat avec la galerie Perve au Portugal. L’expertise et la philosophie de Guedes nous transportent en Mozambique dans les années 60. Découvrez ici la vie du grand artiste et architecte postmoderniste, Pancho Guedes.

Guedes et l’Afrique

Né en 1925, l’artiste portugais Amancio d’Alpoim Miranda Guedes (connu comme as Pancho Guedes), est un pionnier de l’architecture africaine lusophone. À l’âge de cinq ans, Guedes part vivre avec ses parents au Mozambique et il finit par grandir et vivre en Afrique la plus grande partie de sa vie.

Pancho Guedes rêvait de gagner sa vie en tant qu’artiste peintre. Cependant, grâce à ses études à l’université de Witwatersrand en 1945, il comprit rapidement que l’architecture était aussi un art combinant de nombreux domaines artistiques et de design. Guedes avait déjà en lui un talent unique en design et il trouvait son inspiration auprès des artistes surréalistes tels que Giorgio de Chirico, Joan Miró, Paul Klee, Picasso ou Juan Gris.

Les années 1950-1960 sont aujourd’hui considérées comme étant sa période la plus créative, il y construit plus de 500 bâtiments principalement en Mozambique ainsi qu’en Afrique du Sud, au Portugal et à Angola. Guedes aurait connu un plus grand succès dans sa période de création s’il avait été un architecte travaillant dans l’Occident, mais son talent unique se sera reconnu qu’à la fin de sa carrière. Ci-dessous, un des bâtiments les plus célèbres de Guedes, le Smiling Lion Building (Le bâtiment du lion qui sourit), construit en 1956 en Mozambique. 

Le Smiling Lion, Maputo, Mozambique, 1956 – Credits: Pinterest

Pendant cette période, Guedes a également parcouru toute l’Europe. Il a vécu un certain temps à Paris où l’équipe 10, créée par d’anciens membres du groupe d’architectes CIAM dirigé par Corbusier, l’invite à leur réunion inaugurale. Il y rencontre des architectes tels qu’Aldo van Eyck, Alison et Peter Smithson. Le groupe ayant reconnu l’originalité du travail de Pancho ainsi que son esprit critique, Pancho est accueilli comme un grand maître. Cependant, décrit comme « un enfant terrible », Guedes quitte le groupe quelques années plus tard et poursuit sa carrière solo.

À la suite de cette période pleine de créations et de voyages, Pancho Guedes devient professeur et directeur du département d’architecture de l’université du Witwatersrand à Johannesburg pendant 15 ans. Il continue parallèlement à faire des croquis et à montrer son art. En 2007, il participe à une exposition intitulée « Pancho Guedes, un moderniste alternatif » au Musée d’architecture de Bâle, en Suisse. De prestigieuses galeries et musées internationaux tels que le Museum City of Cape Town en Afrique du Sud ont également présenté son travail.

Considéré comme étant un artiste et architecte post-moderniste bien avant que le mouvement du postmodernisme soit défini, Guedes meurt en 2015 à l’âge de 90 ans, laissant derrière lui un héritage important de bâtiments, croquis, peintures et sculptures.

Sagrada Familia Church, Machava, Mozambique (1960-1964), Amâncio (Pancho) Guedes – © Archive familiale Pancho Guedes

Un style unique

L’Afrique donne à Pancho une énergie et une inspiration fondamentale, fasciné par la façon dont les peuples créent leurs propres objets. L’Afrique influence son approche organique vis-à-vis du design et de la création. Guedes cherchait à respecter la nature de chaque endroit où il construisait, le climat, les traditions et utilisait des matériaux locaux. Pour lui, la beauté d’un endroit se trouvait dans l’histoire du lieu et des bâtiments. C’est pourquoi Guedes cherchait avant tout à restaurer des bâtiments plutôt que de construire de nouveau bâtiments.

On retrouve dans l’oeuvre de Guedes de nombreuses influences différentes dont l’art africain et le surréalisme. Il a fusionné ces influences en une seule et créé ainsi son design unique, post-moderne, complexe et éclectique. Avec un esprit rebelle et une passion pour l’opposition et le débat : Pancho Guedes était contre tous les types de tendances et effets de mode. Sentant qu’il appartenait à un autre monde, il a trouvé en Afrique la liberté d’explorer en dehors des normes du monde de l’art. L’œuvre de Guedes représente de multiples personnages, une variété de matériaux, des sourires et des grimaces forcés s’inscrivant ainsi dans une approche surréaliste.

Tout au long de sa carrière d’architecte, Guedes n’a jamais cessé de peindre ni de plaider pour la fusion des frontières artistiques, des formes d’art et de la discipline de l’architecture. Il a continué à dessiner, à améliorer et à refaire les maquettes de ses propres bâtiments bien après leur construction. Ses croquis et ses dessins étaient le lien entre ses domaines artistiques et architecturaux.

Pancho Guedes (n.d) – Credits: The Architectural Review

Un hommage à Paul Klee

L’une de ses dernières esquisses, réalisée en 2015, intitulée A Tribute to Paul Klee (Hommage à Paul Klee) est l’une des oeuvres présentées lors de notre vente partenaire exclusive avec la galerie Perve. À la fin de sa carrière, Pancho s’est beaucoup inspiré de Klee. En effet, Pancho a acheté des oeuvres célèbres de Paul Klee en 1948, réalisé des sculptures inspirées des Anges de Paul Klee à la fin de sa carrière et a souhaité lui rendre hommage dans ce dessin.

Comme indiqué plus haut, le dessin était ce qui reliait les passions de Guedes ensemble. Dans cette oeuvre, nous pouvons observer un dessin en noir et blanc réalisé à l’encre indienne. Le dessin représente un personnage sans visage, un corps difforme couvert de lignes droites avec l’index de la main droite tendu vers le haut.

Tribute to Paul Klee (2005)– Pancho Guedes – Drawing sold at the Perve Gallery

Le style surréaliste de Pancho Guedes et son inspiration de Paul Klee se retrouvent ici dans ce thème enfantin. Les lignes droites peuvent être interprétées comme une toile d’araignée géante : elles capturent le personnage et limitent ses mouvements, ses pensées et ses actions. Les lignes droites relient les mains à la tête et les jambes au sol.

Ici, Guedes cherchait peut-être à mettre en évidence la façon dont nos pensées et notre société influencent nos actions. Bien que le dessin reste un hommage à un autre artiste, nous pouvons nous demander s’il ne s’agit pas d’une représentation du sentiment de solitude qu’éprouvait Guedes tout au long de sa vie : d’appartenir à un monde différent et d’être piégé (dans une toile d’araignée) dans un monde auquel il ne s’identifie pas.

« Beaucoup d’idées de mes projets d’architecture proviennent de dessins, qui sont communs à mes peintures et sculptures. D’autres sont des paraphrases ou des citations déformées d’œuvres et d’idées d’autres artistes […] Je crois que les peintures et toutes les autres créations naissent les unes des autres, que chaque artiste invente ses propres précurseurs, qu’il y a un dialogue incessant avec de nombreux passés (…) Ma tâche consiste maintenant à explorer les frontières de l’architecture et de l’art. D’étendre leurs territoires, avec de nouvelles idées et possibilités et de les signaler aux étudiants et à moi-même. »

Pancho Guedes

Laissant derrière lui un « déluge de bâtiments » selon Lars Lerup, Pancho Guedes est celui qui a créé de véritables ponts entre l’art moderne, l’art africain, le surréalisme et son art visuel, tout en rappelant aux artistes que l’art peut être un mélange de toutes les pratiques, études, époques, matériaux et inspirations. La galerie Perve a exposé une anthologie de certaines de ses œuvres en 2005, dans une rétrospective intitulée « VIVA PANCHO ». Cette rétrospective comprenait l’œuvre « Tribute to Paul Klee ».