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La persistance de la mémoire et la contribution de Salvador Dalí au mouvement surréaliste

Salvador Dali Portrait

Salvador Dalí est l’un des maîtres incontestés du surréalisme, comme en témoignent non seulement des œuvres telles que La Persistance de la mémoire mais aussi sa personnalité extravagante et colorée. La persistance de la mémoire est l’une de ses peintures les plus connues, figurant une imagerie surréaliste caractéristique du style de l’artiste. Dans cet article, SINGULART revient sur la vie de Dalí, de ses premières incursions dans le surréalisme au symbolisme que véhicule son œuvre La persistance de la mémoire.

La persistance de la mémoire et la vie surréaliste de Salvador Dalí

Salvador Dalí est né en Espagne le 11 mai 1904. Dès son plus jeune âge, sa famille le considère comme la réincarnation de son frère, également nommé Salvador, et qui est mort d’une gastro-entérite neuf mois avant la naissance de Dalí. Dalí accepte cette théorie, déclarant plus tard que son frère était « probablement une première version de [moi-même] mais conçue trop dans l’absolu ». La mère de Dalí décède d’un cancer lorsque Dalí a 16 ans. L’artiste décrit sa mort comme « le plus grand choc que [j’ai] vécu dans ma vie. Je la vénérais… Je ne pouvais me résigner à la perte d’un être sur lequel je comptais pour rendre invisibles les inévitables taches de mon âme. » Le père de Dalí épouse alors la sœur de sa défunte épouse.

Dalí photographié par Carl Van Vechten en 1939.

Les parents de Dalí soutiennent sa passion pour l’art, et le jeune prodige commence à prendre des cours de dessin à l’âge de 10 ans, avant d’étudier à l’école des Beaux-arts de Madrid, puis à l’école de peinture, de sculpture et de gravure de San Fernando, à Madrid toujours. Après avoir emménagé dans une résidence étudiante, Dalí commence à dévoiler sa personnalité excentrique, se laissant pousser les cheveux longs et s’habillant régulièrement à la mode du début du XIXe siècle, ce qui lui vaut d’être qualifié de « dandy ». Sa célèbre moustache est cultivée en hommage à l’artiste du 17e siècle Diego Velázquez. Dalí est finalement expulsé de l’école après avoir insulté l’un de ses professeurs, et se rend peu après à Paris.

Alors que Dalí avait impressionné ses camarades de classe avec ses œuvres cubistes, c’est après avoir rencontré Pablo Picasso à Paris qu’il commence à expérimenter le surréalisme. Sa première œuvre produite dans ce style est Apparatus and Hand, en 1927, qu’il a peinte comme un moyen de transmettre les idées de Freud sur l’analyse des rêves. En 1929, il collabore avec le cinéaste Luis Buñeul pour créer Un Chien Andalou, un film muet surréaliste qui présente des images absurdes. Le sujet du film est si choquant pour l’époque qu’il propulse Dalí vers la notoriété. L’artiste attire l’attention des surréalistes parisiens et est invité à rejoindre leur collectif.

Portrait de Picasso, 1947 par Salvador Dali

C’est à cette époque que Dalí rencontre sa future épouse, Gala, une immigrée russe de dix ans son aînée. Les deux entament une liaison passionnée, au grand dam du père de Dalí, qui est encore plus agacé par une exposition d’œuvres d’art de Dalí où figure l’inscription « Parfois, je crache pour m’amuser sur le portrait de ma mère ». Le père de Dali le renvoie de la maison familiale, et Dalí et Gala se marient en 1934.

Dalí connaît un succès immédiat aux États-Unis après avoir exposé son travail, et plus particulièrement son œuvre La persistance de la mémoire, présentée au commissaire d’exposition Julien Levy. Dalí et Gala restent aux États-Unis pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale et Dalí expérimente à cette époque d’autres formes d’art, concevant des bijoux et des vêtements ainsi que des vitrines de magasins (bien qu’il soit tellement furieux de l’exécution de l’une de ses vitrines qu’il y enfonce une baignoire pour la détruire).

Salvador Dali avec sa femme Gala, 1945

Gala et lui retournent à Port Lligat en 1948, et Dalí continue d’expérimenter différents supports artistiques, parmi lesquels la photographie. Il se lance dans la période des « chefs-d’œuvre », créant un seul tableau monumental par an. Pour satisfaire ses critères, les peintures devaient faire au moins 1,5 m de long et il fallait à Dali jusqu’à un an pour les achever. Bien qu’il ait été reclus lors de la création de ces œuvres, il s’est tout de même livré à des sorties publiques extravagantes, comme lorsqu’il a conduit une voiture remplie de choux-fleurs jusqu’au toit et a uriné publiquement sur une des sérigraphies de Warhol qui lui avait été offerte par l’artiste.

L’histoire d’amour tumultueuse entre Dalí et Gala atteint son paroxysme lorsque Gala abandonne Dalí pendant des semaines pour se rendre dans le château qu’ils viennent d’acheter à Púbol. Il a été révélé par la suite que la sénilité de Gala l’avait amenée à administrer à Dalí des médicaments non prescrits, ce qui a gravement entravé ses capacités artistiques. La mort de Gala en 1982 fait sombrer Dalí dans la dépression et il se déshydrate intentionnellement pour tenter de se suicider. Il s’installe finalement dans le château de Púbol, où il décède d’une crise cardiaque en 1989, en écoutant son disque préféré, Tristan et Isolde.

La persistance de la mémoire: la symbolique de l’œuvre

Salvador Dali, La persistance de la mémoire, 1931

La persistance de la mémoire est riche en symboles et dépeint une atmosphère onirique caractéristique du style de Dalí. Elle a été créée selon la méthode paranoïaque-critique de Dalí, qui entrait dans un état d’hallucination auto-induite afin de créer des « photographies de rêve peintes à la main ». La pièce montre trois horloges en fusion, ainsi qu’une montre de poche orange plus petite couverte de fourmis. On peut également voir une figure au centre de la pièce, qui représenterait présumément Dalí sous la forme d’un autoportrait. Le paysage dépeint dans La persistance de la mémoire est austère et stérile, et on pense qu’il a été inspiré par la ville natale de Dalí, Port Lligat. Ici, SINGULART explore les différentes interprétations des éléments figurés dans La persistance de la mémoire.

Les horloges récurrentes

Dalí affirme avoir été inspiré pour peindre les horloges qui fondent après avoir observé le fromage Camembert fondre par une journée chaude, mais leur signification a été débattue et interprétée de nombreuses manières différentes. Les horloges en fusion sont un exemple de l’utilisation par Dalí de la juxtaposition entre le dur et le doux ; dans La persistance de la mémoire, les horloges sont fluides et coulantes, et sont mises en valeur par la dureté des rochers du paysage. Certains critiques suggèrent que les montres étaient une interprétation visuelle de la théorie générale de la relativité d’Einstein, véhiculant la relation entre l’espace et le temps. La critique Dawn Asher a déclaré : « Les montres molles sont un symbole inconscient de la relativité de l’espace et du temps, une méditation surréaliste sur l’effondrement de nos notions d’un ordre cosmique fixe. » Il est également suggéré que les horloges représentent l’omniprésence du temps et son contrôle sur nos vies. Une autre théorie avancée est que les horloges représentent le passage du temps pendant le rêve – dans les rêves, le temps n’a pas d’importance.

Les fourmis

Les fourmis sont un sujet de fascination pour Dalí depuis un incident dont il a été témoin dans son enfance. Dans son autobiographie La vie secrète de Salvador Dalí, il écrit : « Lorsque j’ai atteint l’arrière du lavoir, j’ai trouvé le verre renversé, les coccinelles disparues et la chauve-souris, bien qu’à moitié vivante, hérissée de fourmis frénétiques, son petit visage torturé exposant de minuscules dents comme celles d’une vieille femme… D’un mouvement rapide, j’ai ramassé la chauve-souris, qui grouillait de fourmis, et je l’ai portée à ma bouche, poussé par un insurmontable sentiment de pitié ». Les fourmis deviendront un motif régulièrement utilisé dans l’œuvre de Dalí, symbolisant la mort et la décomposition. Dans La persistance de la mémoire, le fait que les fourmis soient représentées en train d’envahir l’horloge qui n’a pas fondu pourrait symboliser l’angoisse que suscite le passage du temps.

L’autoportrait caché

Au centre de La persistance de la mémoire se trouve un personnage étrange, presque, mais pas tout à fait, humanoïde. On pense qu’il s’agit d’une représentation de Dalí lui-même, avec un œil fermé pour signifier son état de rêve. L’étiquette de l’œuvre au Museum of Modern Art indique que « la créature monstrueuse drapée au centre du tableau ressemble au visage de l’artiste de profil ; ses longs cils ont l’air d’être ceux d’un insecte ou même d’un être sexuel, tout comme ce qui peut être ou non une langue qui suinte de son nez comme un gros escargot ». Comme pour les horloges en fonte, la dureté des roches sous cette créature fluide mêle dureté et douceur. Il a été suggéré que la forme représente un fœtus, le critique Paul Moorhouse affirmant que la figure « fait référence aux souvenirs professés par Dalí de la vie intra-utérine et suggère le traumatisme de la naissance ». Une montre affaissée et une autre suspendue à un socle évoquent les sentiments d’intemporalité associés à l’expérience de la pré-naissance. Le titre du tableau ferait donc référence aux souvenirs prénataux et son sujet est « l’horrible traumatisme de la naissance par lequel nous sommes également expulsés du paradis ». En se plaçant au centre du tableau, dans ce paysage aride et stérile, Dalí explore aussi, selon certaines théories, sa propre immortalité et la façon dont on se souviendra de lui, ce que l’on pourrait également percevoir dans le titre du tableau.

Dans un tout autre style, retrouvez une superbe série de 14 planches lithographiques de Dalí en exclusivité sur SINGULART. L’Art d’Aimer – Ovide est une série lithographique en couleur et une véritable initiation à l’art de l’amour et de la séduction. Peu d’exemplaires sont vendus dans leur intégralité.

Série de 14 lithographies “L’Art d’aimer Ovide”, Salvador Dalí

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