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L’histoire derrière la série Brushstrokes de Roy Lichtenstein

Brushstrokes, 1965 — Lichtenstein’s close rendering of a scene from ‘The Painting’ (in the comic Strange Suspense Stories, #72, October 1964) by Dick Giordano. © Estate of Roy Lichtenstein/DACS 2017

La série Brushstrokes (en français « coups de pinceau ») de l’artiste Pop-Art Roy Lichtenstein était un clin d’œil caché et un pied de nez au mouvement expressionniste abstrait ainsi qu’à Jackson Pollock. La toute première œuvre de la série Brushstrokes s’inspire d’une planche de bande dessinée, comme la plupart des œuvres de Lichtenstein. L’artiste explique, « Vous pensez que c’est une photo d’un coup de pinceau, ce qui est totalement absurde. C’est une absurdité construite à l’intérieur de l’œuvre et c’est pour cela qu’elle me plaît ». Ce motif de coup de pinceau restera important dans l’œuvre de Lichtenstein. SINGULART explore ici l’influence que ces coups de pinceau ont eu sur sa carrière, en revenant sur ses peintures et ses sculptures Brushstrokes.

Son histoire

Lichtenstein commence sa série Brushstrokes in 1965. Avec cette série, il souhaitait faire un clin d’œil satirique au mouvement expressionniste abstrait, dont il s’était écarté avec la création de Look Mickey en 1961. Il déclarait : « Les coups de pinceau dans une œuvre transmettent un sentiment de grand geste, mais dans mes mains, le coup de pinceau devient ainsi la représentation d’un grand geste ». Lichtenstein parodiait des artistes tels que Jackson Pollock et Willem de Kooning, en déclarant : « Les vrais coups de pinceau sont tout aussi prédéterminés que ceux des dessins animés ».

Roy Lichtenstein, Look Mickey (1961)

Dans sa série Brushstrokes, Lichtenstein sépare le coup de pinceau classique de son contexte. Il le sort de l’œuvre, l’élargit, le simplifie et utilise sa signature, le style de bande dessinée, pour produire son propre style sur la toile. Bien que l’artiste se soit techniquement éloigné d’une imitation des autres styles en créant son propre motif, il est assez ironique d’observer comment il répétera dans toutes ses œuvres sa technique de coup de pinceau.

La série Brushstrokes ne représente que quelques années de sa carrière, mais le motif de coup de pinceau va demeurer un thème récurrent dans la carrière de l’artiste.

Brushstrokes 

Roy Lichtenstein, Brushstrokes (1965) © Estate of Roy Lichtenstein/DACS 2017

La première œuvre de la série Brushstrokes, s’intitule aussi Brushstrokes et est inspirée par la planche d’une bande dessinée The Painting datant d’octobre 1994, issue de Strange Suspense Stories de Charlton Comics. The Painting raconte l’histoire d’un artiste Jake doutant de lui-même et de son œuvre. Bien qu’il ait un certain talent, il doute de ses capacités et finit par refuser une offre d’exposition dans un musée.

Dans son anxiété et son doute, Jake peint le portrait d’un homme, bien qu’il n’ait aucune idée d’où lui vient l’inspiration ou même de qui est cet homme. La nuit, Jake entend le tableau lui parler, se moquant de son manque de confiance en lui. Dans sa rage, Jake peint par-dessus le portrait pour faire taire la voix, pour ensuite voir l’image de l’homme en première page du journal le lendemain matin – il a été assassiné. Jake tente de recréer le portrait, devenant obsédé par la peinture du visage de l’homme. Le dernier panneau montre Jake en vieil homme, entouré de ses vaines tentatives pour ramener à la vie l’homme avec un tableau.  

Strange Suspense Stories #72, October 1964, Charlton Comics
Strange Suspense Stories #72, Octobre 1964, Charlton Comics

Lichtenstein s’est inspiré de cette planche et du moment où le personnage Jake se trouve devant sa toile ruinée avec son pinceau dans la main. L’artiste explique « Bien que j’avais déjà eu plusieurs idées avant, mes coups de pinceaux ont commencé avec cette image de bande dessinée où l’artiste devenu fou fait une énorme croix à coups de pinceau sur le visage d’un ami, d’une personne qui le hantait…. Puis j’ai fini par juste faire les coups de pinceau seuls. J’étais intrigué par le caractère et la caricature de ce coup de pinceau ». Il ajoute aussi que ces brushstrokes étaient inspirés par les peintres de la Renaissance.

Brushstrokes représente l’art de la peinture. Dans le coin de l’œuvre à gauche, on observe une main tenant un pinceau dégoulinant de peinture rouge vif. Au centre et dans le coin supérieur droit de la toile, une série de coups de pinceau s’entremêlent et des gouttes de peinture éclaboussée sont dispersées autour d’eux. On a l’impression que les coups de pinceau ont été peints dans une frénésie, avec peu de considération pour le rendu final. Le rouge des coups de pinceau se détache nettement sur le fond des points Ben Day, signature de Lichtenstein.

Bien que la première oeuvre de la série Brushstrokes soit inspirée de la planche d’une bande dessinée, Lichtenstein va continuer à simplifier le processus des coups de pinceaux, jusqu’à obtenir des œuvres ayant uniquement des coups de pinceaux comme sujet.

Lichtenstein et la sculpture

Plus tard dans sa carrière, Lichtenstein s’est consacré à la sculpture. Ses essais avec ce médium ne sont pas aussi connus que ses peintures, mais elles montrent sa volonté de transformer ses œuvres 2D en format 3D.

En 1965, Lichtenstein crée une série de sculptures basée sur sa peinture Varoom. À travers la sculpture, il peut ajouter une dimension plus technique et mécanique à son œuvre, ce côté technique, qu’il recherche notamment avec sa série Compositions.

En créant aussi ses œuvres avec de l’émail, Lichtenstein a aussi produit des séries en céramique basées sur des bandes dessinées de femmes qu’il avait avant représentées en peinture.

Les filles en céramique présentent encore les points Ben Day des tableaux, un effet que Lichtenstein obtient grâce à un procédé bien précis : « Je décalque mes dessins avec de la céramique, puis à côté des visages, je fais une bande avec des trous uniformément perforés qui est assez souple pour que je puisse l’ajuster et la plier aux contours du visage. Ensuite, je masque le reste et j’ajoute de la couleur sur cette bande uniquement avec du spray. Les lignes et certaines zones de couleur sont peintes à la main ».

Dans les années 1980, Lichtenstein donne vie à son motif de coup de pinceau avec une série de sculptures. Bien que les sculptures fassent manifestement référence à sa peinture, elles font sortir le médium de la toile et lui donnent une vie propre, avec des coups de pinceau entrecroisés qui semblent suspendus dans l’air. Contrairement à ses précédentes sculptures, les sculptures Brushstrokes sont des installations à grande échelle. La taille des sculptures témoigne peut-être de l’importance que Lichtenstein accordait au coup de pinceau, car il a déclaré que la série Brushstrokes « était la façon de représenter ce symbole romantique et de bravoure dans son style opposé, le classicisme. Le coup de pinceau joue un rôle important dans l’histoire de l’art. Le coup de pinceau signifie presque peinture ou art ».

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