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Le Fils de l’Homme : La célèbre contribution de Magritte au surréalisme

Magritte

Le Fils de l’homme est un autoportrait surréaliste réalisé en 1964 par l’artiste belge René Magritte. Cette peinture, l’une des plus reconnaissables du mouvement surréaliste, est à la fois simpliste et ambiguë, sa signification étant laissée à l’interprétation du spectateur. SINGULART vous propose d’explorer les théories qui sous-tendent la signification du Fils de l’homme, ainsi que l’histoire de Magritte avec le surréalisme et son impact sur la culture populaire.

Magritte et le surréalisme

Bien que Magritte ait commencé sa carrière artistique en créant des œuvres impressionnistes, il a véritablement excellé dans la création d’œuvres pleines d’esprit et de réflexion dans un style surréaliste. Alors qu’il travaillait comme dessinateur dans une usine de papier peint, il a commencé à expérimenter le surréalisme, produisant sa première œuvre surréaliste The Lost Jockey. Cette peinture représente un jockey à travers un paysage qui semble être une scène, avec des rideaux de chaque côté et des planches de bois visibles sous les pieds du cheval. Magritte organise sa première exposition personnelle en 1927, mais il est dévasté lorsque les critiques d’art manifestent une forte aversion pour son travail.

René Magritte, Les Amoureux, 1928
René Magritte, Les Amoureux, 1928

La réaction des critiques à son exposition a influencé son enménagement à Paris, où il a rencontré d’autres surréalistes Salvador Dali, Joan Miro et Max Ernst. Si Paris lui donne l’inspiration pour réaliser des œuvres telles que Les amants et la trahison des images, il ne parvient pas à avoir un impact durable sur la scène artistique et retourne à Bruxelles en 1930. Le début de la Seconde Guerre mondiale a inspiré sa période Renoir, où Magritte a adopté un style coloré en opposition au chaos et à la destruction de la guerre. Il l’a expliqué dans une lettre, en disant :

« Le sentiment de chaos, de panique, que le surréalisme espérait créer, afin que l’odre établi soit remis en question a été obtenu avec beaucoup plus de succès par les idiots du nazisme… Contre le pessimisme généralisé, je propose maintenant une recherche de la joie et du plaisir. »

Vers la fin de la guerre, Magritte abandonne le style impressionniste, marquant le début de sa « période vache ». Contrastant fortement avec les peintures gaies et colorées qu’il avait produites pendant la guerre, ces œuvres sont anguleuses, sombres et provocantes, inspirées du Fauve dans leur exécution. Il a été nommé sa « période vache » pour désigner, dans ce contexte, une femme excessivement grande ou une personne paresseuse. Magritte a dépeint cette cruauté, cette vulgarité à travers ses pièces, et comme il l’avait prévu, elles n’ont pas été bien accueillies.

En 1948, Magritte revient au style surréaliste qu’il avait exploré avant la Seconde Guerre mondiale. C’est au cours de cette période qu’il a connu ses plus grands succès critiques et commerciaux et que nombre de rétrospectives ont été consacrées à son œuvre.

Le Fils de l’homme: Qu’est-ce et qu’est-ce que cela signifie ?

René Magritte, Fils de l'homme, 1964 ; huile sur toile. © CHARLY HERSCOVICI, BRUXELLES / ARTISTS RIGHTS SOCIETY (ARS), NEW YORK
René Magritte, Fils de l’homme, 1964 ; huile sur toile. © CHARLY HERSCOVICI, BRUXELLES / ARTISTS RIGHTS SOCIETY (ARS), NEW YORK

En 1963, Magritte reçoit la commande d’un autoportrait et c’est ainsi qu’il commence à travailler sur Le Fils de l’homme. Il lui est difficile de peindre un autoportrait de manière traditionnelle, il se rapproche donc du style surréaliste, trouvant que l’autoportrait est un « problème de conscience ».

Dans Le Fils de l’homme, nous voyons un homme debout devant un paysage de bord de mer. Bien que le ciel au-dessus de lui soit nuageux, la lumière du soleil est suggérée par les légères ombres sur le côté gauche de l’homme. Vêtu d’un pardessus et d’un chapeau melon – le chapeau melon apparaît constamment dans l’œuvre de Magritte et fait peut-être allusion à son penchant politique pour le parti communiste – l’homme ne semble pas à sa place dans un cadre décontracté. On le remarque à peine au premier coup d’œil, mais en regardant de plus près, on peut voir que le coude gauche de l’homme est tourné dans le mauvais sens.

Toutefois, le coude n’est pas la partie la plus surréaliste du tableau ; la pomme verte qui masque partiellement le visage de l’homme en est le motif caractéristique. La pomme plane devant son visage, défiant les lois de la gravité et invitant le spectateur à imaginer à quoi pourrait ressembler le visage de l’homme, le conduisant à sa propre interprétation. Dans une interview à propos de cette pièce, Magritte a déclaré :

« Tout ce que nous voyons cache une autre chose, nous voulons toujours voir ce qui est caché par ce que nous voyons, mais c’est impossible. L’homme cache trop bien ses secrets… Il y a un intérêt pour ce qui est caché et que le visible ne nous montre pas. Cet intérêt peut prendre la forme d’un sentiment assez intense, une sorte de conflit, pourrait-on dire, entre le visible qui est caché et le visible qui est présent. »

On a émis l’hypothèse que le titre du tableau pourrait être une référence au christianisme et que la pomme verte soit alors le symbole de la tentation. Dans la mythologie chrétienne, la pomme est un symbole de la connaissance et de la chute de l’homme, rappelant l’histoire d’Eve acceptant la pomme du serpent dans le jardin d’Eden.

Il a également été suggéré que la pièce vise à refléter l’anonymat de l’homme d’affaires moderne et la nécessité de cacher sa véritable identité pour se conformer. La façon dont la pomme obscurcit le visage de l’homme signifie qu’il cache sa véritable personnalité aux yeux de la société. L’un des aspects les plus durables du Fils de l’ homme est qu’il peut être interprété à l’infini, ce qui était le but de Magritte.

Le fils de l’homme, Magritte et la culture populaire

LeFils de l’homme est l’une des œuvres d’art les plus reconnaissables du surréalisme, ce qui pourrait être dû à ses nombreuses apparitions dans la culture populaire, parodiées par tous, de Norman Rockwell aux Simpsons.

En 1970, Rockwell utilise la technique de la pomme de Magritte dans son tableau Mr. Apple, mais la tête du sujet est remplacée, plutôt qu’obscurcie, par une pomme rouge géante. Le motif de la pomme de Magritte a également inspiré à Paul McCartney le nom de son label Apple Records, qui a ensuite inspiré à Steve Jobs le nom de sa société Apple Computers.

 Norman Rockwell, M. Apple, 1970
Norman Rockwell, M. Apple, 1970

Le tableau lui-même a été largement utilisé dans le film policier de 1999 L’affaire Thomas Crown, notamment dans la dernière scène où de nombreux hommes vêtus de chapeaux melon et de manteaux s’infiltrent dans le musée pour confondre l’équipe de sécurité et la distraire des actions de Thomas Crown.

On peut également voir des hommages au Fils de l’homme dans Les Simpsons, (500) jours d’été, Bronson et Stranger Than Fiction.

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