Artistes

5 minutes avec Sangie

Artiste française émergente, Sangie puise son inspiration dans son parcours de danseuse et son enfance passée auprès de son grand-père peintre. Développant son style dans l’expressionnisme abstrait, elle exploite l’énergie et la gestuelle de la danse pour jouer avec la lumière, la couleur et le mouvement sur la toile.

Quand avez-vous choisi de devenir artiste ?

Je danse depuis l’âge de trois ans, j’ai joué de divers instruments et j’ai toujours aimé dessiner. Pourquoi ? Parce que sans le savoir cela me permettait de vivre en pleine conscience, loin du monde des adultes qui avaient l’air d’avoir beaucoup de problèmes au quotidien, et de me mettre dans une sorte de bulle dans laquelle je n’avais pas à me soucier du regard de l’autre.

À l’âge de sept ans, je me souviens quand je regardais mon grand-père peindre ses paysages figuratifs à l’huile avec son chevalet d’extérieur. Je ressentais à quel point peindre lui faisait du bien et j’ai voulu tenter en l’imitant, en empruntant ses pinceaux. C’était le seul point commun que nous avions, des moments partagés en silence autour de ce qui était finalement une passion commune.

J’ai ainsi développé les techniques de la figuration, de la peinture à l’huile, grâce à certaines capacités innées que je ne saurai expliquer ainsi qu’un grand sens de l’observation et le plaisir de ces moment-là.

Freedom, 2016

Pourquoi j’ai continué à peindre ? Parce que c’était un moyen d’expression qui me permettait de me surprendre moi-même. C’est jeune adulte que j’ai découvert le geste, le mouvement, qui ont alors pris le pas sur les touches délicates ou légères. Passionnée de danse j’ai très vite fait le lien entre les deux et j’ai recopié des dessins et des peintures existantes.

Adulte, j’ai découvert ce que c’était que d’être bouleversée, de ressentir une émotion forte juste en regardant une toile. J’ai alors étudié l’histoire de l’art pour comprendre comment il était possible d’amener autant de bouleversement, autant de nouveautés.

Et j’ai compris. J’ai compris le rôle des artistes dans ce monde. Leur façon de changer nos failles, notre façon de voir ce qui nous entoure, de renverser les croyances, de casser les codes, de procurer du bonheur à distance, de créer des émotions à travers les couleurs, le mouvement…

Je me suis alors libérée de ce que je faisais jusqu’alors et j’ai osé la toile blanche et l’art abstrait. Ce fut une révélation. Un débordement de créativité. Et puis est venue la première personne qui a tenu à m’acheter ma toile, puis une commande d’une colombienne qui avait le mal de son pays. Merci Google !

L’émotion que j’ai provoquée chez elle quand elle a reçu cette toile, les larmes dans ses yeux, son étreinte. J’ai compris que je venais d’intégrer le cercle magique des artistes qui créent des émotions. Oui, je pouvais apporter du bonheur avec mes toiles et j’ai compris que c’était la raison pour laquelle je peignais depuis toujours.

Pouvez-vous nous parler de vos influences artistiques et des autres artistes qui vous inspirent ?

De mes cours sur l’histoire de l’art et des multiples expositions que j’ai eu la chance de voir en France et à l’étranger, j’ai été le plus marquée par les artistes qui ont proposé une autre façon de voir la réalité (les fauvistes), façonnée par l’énergie du mouvement (Hans Hartung, Fabienne Verdier), le travail de la matière (Richter, Soulages) et la force des couleurs (Klein, Matisse, Rothko).

Chacun à sa manière a voulu travailler une forme de réalité, d’émotion, d’énergie, en y ajoutant tout ce que les yeux ne voient pas, mais ce que le cœur ressent. Ce sont ces vibrations qui m’intéressent et qui sont à la base de mes créations.

Got a crush, 2019
Sangie

Préférez-vous travailler seule ou en collaboration avec d’autres artistes ?

La solitude est pour moi une part importante de l’acte de création. Chacun le vit à sa manière. J’ai besoin de m’isoler pour oublier cette réalité, le temps, pour entrer en état de conscience modifée à partir duquel j’accède à une autre réalité, celle de création.

Il m’arrive toutefois de participer à des projets. Ceux qui me plaisent particulièrement sont réalisés en collaboration avec un photographe de talent, Christophe Keip du Studio Ckeip. J’ai eu la chance de participer à deux types de shootings :

Un shooting mode où j’ai peint une œuvre éphémère « Torn Paper » que nous avons ensuite déchirée pour que la modèle sorte de cette peinture comme un papillon sort de sa chrysalide. Puis un shooting artistique où nous avons également collaboré avec un écrivain, Eric Weber. Ici, j’ai peint sur un corps de femme pour illustrer un haïku décrivant la manière dont les chasseurs en Colombie attrapent les condors.

Cette collaboration ayant été un réel succès, nous travaillons régulièrement tous les 3 ensemble pour proposer des triptyques : peinture – photographie – écriture, autour de thèmes très variés. Ce projet s’appelle <PULSE>. La prochaine exposition aura lieu fin septembre 2020 à Paris.

Pouvez-vous nous parler d’un projet sur lequel vous travaillez actuellement ?

Dans les différents projets en préparation en parallèle de <PULSE>, je peux vous parler d’un projet avec un réalisateur indépendant. L’idée est de puiser au cœur de ma démarche artistique basée sur le mouvement. Du mouvement né le geste, qui selon Diderot « est quelque fois aussi sublime que le mot ». Qu’il soit délicat, poétique ou violent, il véhicule un langage élémentaire et instinctif. Il est l’acte premier et fondateur de ma pratique artistique. À travers lui, c’est un souffle, un battement que je vais chercher au plus profond de moi. Il me permet de me libérer et révéler les profondeurs de mon être.

En tant que danseuse je sais que le geste ne réside pas uniquement dans la main. Le corps écrit un message, le corps est le medium du message, le corps est message. Il en résulte une calligraphie dansée qui représente peut-être ce qui ne se dit pas, ce que la parole ne peut exprimer.

Ce réalisateur souhaite travailler sur cette profondeur, cette pureté et cette force du geste.

Il souhaite me filmer lorsque je peins des signes calligraphiés qui défient la gravité, occupent l’espace et y impriment leur trace. Comme il n’y a plus de pesanteur, le ciel et le sol se partageant la toile tels le Yin & le Yang, pour un équilibre et une légèreté d’être, nous allons travailler la danse en lien avec la peinture afin de symboliser ainsi ma recherche de la trace du mouvement perçu dans l’espace.

Que feriez-vous dans la vie si vous n’étiez pas devenue artiste ?

Pour mes parents, comme pour beaucoup d’artistes, ce n’était pas un métier donc je me suis pliée à leur souhait et j’ai fait des études prepa HEC, Ecole de Commerce, MBA en Australie… et j’ai choisi le métier le plus « créatif » de cette branche : marketing et communication. À côté de cela, j’ai toujours peint, dansé, joué de la musique…

Mais quand vous avez un rêve, il vous rattrape ! Et j’ai décidé de faire passer ma passion pour l’art et l’humain avant tout. Je suis donc devenue artiste plasticienne et peintre professionnelle, et j’ai quitté le monde de l’entreprise pour coacher à mon compte ceux qui ont besoin d’aide pour avancer et réaliser leurs rêves à leur tour. J’ai créé mon agence BYS coaching et je partage entre autres les bienfaits d’une vie personnelle et professionnelle créative.

Y a-t-il d’autres artistes présentés sur Singulart dont le travail vous plait ?

Oui beaucoup. Pour avoir travaillé avec différentes galeries, en France et à l’étranger, je pense sincèrement que votre sélection est d’une grande qualité. J’apprécie particulièrement les œuvres « encre & fusain » de Ewa Hauton et j’aime la force des sculptures de Christoph Robausch.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes artistes qui débutent ?

Vivez votre passion ! Ayez un idéal mais ne tournez pas en boucle sur cet objectif. C’est la ligne directrice mais si cet objectif est élevé et lointain, sachez le découper en sous-étapes que vous franchirez pas à pas.

J’accompagne des artistes à communiquer sur leur travail et définir leur stratégie. Je leur apprends à changer de casquette car celui qui créé n’est pas forcément celui qui est le « boss ». Je m’explique : donnez-vous des espaces temps différents. Vous êtes l’artiste pendant les X heures où vous créez. Mais vous devez changer votre état d’esprit quand vous vous installez à votre bureau pour définir, suivre, valider, modifier votre stratégie. C’est assez difficile au début mais une fois que vous avez pris les bons réflexes, vous serez plus en mesure de prendre les rênes de votre carrière d’artiste.

Merci Sangie ! Vous pouvez découvrir d’autres de ses œuvres sur son page artiste.